(Agence Ecofin) - En Afrique francophone subsaharienne, les fans de football crient leur ras-le-bol depuis le début de la Coupe du Monde 2026. Accéder à la compétition est particulièrement compliqué pour cette édition, dans une région où le diffuseur le plus utilisé n’a pas les droits et où les canaux du détenteur des droits ne sont pas aussi accessibles que prévu.
En Afrique francophone subsaharienne, les amateurs de football se plaignent sur les réseaux sociaux. Depuis le début de la Coupe du monde 2026, seuls quelques matchs sont accessibles en clair. Sur les plateformes payantes, la difficulté d’accès aux rencontres provoque une incompréhension totale au niveau des populations. La colère a même poussé certains internautes à pointer du doigt Canal+, l’opérateur de télévision payante qui domine le marché francophone subsaharien.
En 2023, Canal +, essentiellement présent sur les marchés francophones, affichait un peu plus de 7,5 millions d’abonnés sur les 43 millions d’abonnés à la télévision payante recensés par le cabinet Digital TV Research. Les internautes africains ont notamment critiqué le fait que l’opérateur diffuse les matchs du mondial sur une chaîne en France, et coupe le signal de cette même chaîne en Afrique à l’heure des rencontres. Si la situation peut irriter du point de vue de l’abonné, elle n’est cependant pas réellement imputable à l’opérateur de télévision payante.
En effet, lorsqu'une chaîne française gratuite comme M6 est reprise dans le bouquet Canal+ en Afrique, elle n'y apporte que les programmes que l'opérateur est autorisé à y diffuser. Or, les droits sportifs se négocient territoire par territoire, et M6 a acheté les droits pour diffuser des matchs du mondial seulement en France. En Afrique subsaharienne francophone, ce lot de matchs appartient à un autre diffuseur, New World TV.
Canal+ Afrique n'a donc pas le choix. Au moment précis où M6 lance un match de la compétition en France, son signal doit être coupé sur les bouquets africains de Canal+. C'est une clause de routine chez les diffuseurs, que les professionnels appellent de manière usuelle un blackout territorial. Seulement, l’incompréhension des téléspectateurs africains sur celui qui touche la diffusion du mondial sur Canal+ peut s’expliquer par les habitudes de diffusion des compétitions sportives longtemps connues dans la région.
Répartition des droits du Mondial 2026, par zone
|
Zone |
Détenteur des droits payants |
Volet gratuit |
|
Afrique subsaharienne francophone (19 pays) |
New World TV, l'intégralité des 104 matchs |
34 matchs sous-licenciés aux chaînes nationales |
|
Afrique anglophone et lusophone |
SuperSport / DStv (groupe Canal+), 104 matchs |
Selon les marchés locaux |
|
Afrique du Nord et Moyen-Orient |
beIN Sports, 104 matchs |
Selon les accords locaux |
|
France (repère) |
beIN Sports, 104 matchs |
M6 / M6+, 54 matchs |
Le jour où Canal+ a perdu le mondial... en Afrique
Pendant plus d'une décennie, Canal+ régnait sans partage sur les grandes soirées de football en Afrique francophone subsaharienne. La chaîne cryptée avait fait de la Coupe du monde, de la Ligue des champions et de la Coupe d'Afrique des Nations un de ses meilleurs arguments marketing, un levier qui fidélisait des millions d'abonnés africains.
Puis, en 2022, à la surprise de tout le milieu, la Fédération internationale de football association (FIFA) a confié l'exclusivité des droits payants sur 19 territoires francophones à un nouvel acteur : New World TV, groupe panafricain basé à Lomé, au Togo. Le message porté par le groupe togolais était simple et « panafricain ». Il avait l’ambition que les droits soient revendus en Afrique par un acteur africain. En 2026, la FIFA lui fait à nouveau confiance et lui confie les droits de l’intégralité des 104 matchs du mondial dans 19 pays africains.
New World TV en a conservé l'intégralité en exclusivité payante, et sous-licencié 34 rencontres, à raison d'une affiche par jour, à des chaînes publiques africaines. Canal+, de son côté, a dû se replier vers d'autres territoires : sa filiale SuperSport, distribuée sur le bouquet DStv depuis le rachat de MultiChoice finalisé en septembre 2025, continue de couvrir l'intégralité du tournoi en Afrique anglophone et lusophone. Mais sur le marché francophone d’Afrique subsaharienne, il fallait donc désormais se tourner vers New World TV.
Complications chez New World TV
Ayant déjà connu des problèmes dans la diffusion du mondial 2022, New World TV devait cette fois essayer de tenir la promesse. Malheureusement, à quelques jours du coup d'envoi de la compétition, plusieurs médias sportifs et économiques du continent ont documenté une crise interne au sein de la chaine.
Une partie de ses équipes s'est retrouvée bloquée hors des États-Unis, faute de visas consulaires, alors qu'un studio complet avait été loué dans le New Jersey, pour un montant avoisinant 300 000 €, afin d'y installer présentateurs et journalistes. Selon les informations relayées par ces médias, le prestataire technique chargé de la production logistique aurait obtenu ses propres autorisations à temps, sans avoir inclus celles de la rédaction togolaise dans les démarches.
Sport News Africa avait déjà fait état, en amont, de retards de paiement au sein du groupe, qui auraient causé des départs dans les rédactions sportives. Le studio parisien de la chaîne a fermé ses portes, faute de règlement des prestataires, et la production de certaines émissions autour de la Ligue des champions a été relocalisée en urgence à Lomé, pour réduire les coûts. Plusieurs équipes ont formellement contesté la régularité des paiements et le solde des factures dues, malgré des versements de dernière minute engagés par la direction pour désamorcer la crise.
De plus, la distribution des décodeurs du groupe reste un véritable problème sur le continent. Jusque-là, aucun circuit de distribution clair des décodeurs n’est particulièrement connu. Pour élargir sa portée sans attendre la résolution de ce problème matériel, New World TV a multiplié les partenariats de dernière minute, notamment avec Orange Afrique et Moyen-Orient, afin d'intégrer ses chaînes sportives à son application Max it TV dans 9 pays, dont la Côte d'Ivoire, le Sénégal, le Mali, le Cameroun et la République démocratique du Congo. Cela ne suffit malheureusement pas. Au final, New World TV a les droits, mais peu d’africains ont accès à ses chaînes.
Sur les réseaux sociaux, les plaintes continuent d'affluer concernant la diffusion d’un mondial qui en est déjà à ses deux derniers matchs. Finalement, des alternatives, légales ou non, ont été trouvées par les téléspectateurs africains pour suivre la compétition, et interrogent sur la capacité de New World TV à rentabiliser des droits qu’on imagine chèrement acquis. Le prochain rendez-vous, la Coupe du monde 2030 coorganisée par l'Espagne, le Maroc et le Portugal, laisse 4 années au groupe ainsi qu'à la FIFA pour trouver une solution.
Servan Ahougnon
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