Facebook Agence Ecofin Twitter Agence Ecofin LinkedIn Agence Ecofin
Instagram Agence Ecofin Youtube Agence Ecofin Tik Tok Agence Ecofin WhatsApp Agence Ecofin

Kenya : Le président Ruto négocie avec Dangote un oléoduc entre Turkana et Lamu

Kenya : Le président Ruto négocie avec Dangote un oléoduc entre Turkana et Lamu
  • Date de création: 17 septembre 2026 13:31

(Agence Ecofin) - Le Kenya consacre une part croissante de ses ressources en devises à l’importation de produits pétroliers raffinés, mais Nairobi cherche désormais à transformer cette situation en opportunité industrielle.

Le président kenyan William Ruto (photo) a annoncé mardi 16 septembre que Nairobi a engagé des pourparlers avec le groupe nigérian Dangote pour la construction d’un oléoduc de 800 km reliant les champs pétroliers de Turkana, dans le nord-ouest du pays, au port de Lamu sur la côte est.

« Nous discutons avec Dangote de la construction d’un pipeline vers Turkana. Cela nous permettra également de libérer le pétrole que nous avons là-bas », a déclaré le dirigeant lors d’une conférence de presse à la State Lodge de Kisumu, rapportée par Pipeline Technology Journal.

Ce projet d’oléoduc s’inscrit dans le cadre de la mise en place d’un complexe énergétique évalué à 20 milliards de dollars. Un site prévu pour regrouper la future raffinerie de Lamu, dont la capacité est fixée à 700 000 b/j et une centrale au gaz naturel liquéfié (GNL) de 1000 mégawatts (MW), alimentée en gaz par la Tanzanie.

La première pierre de la raffinerie doit être posée le 30 septembre, avec pour objectif d’atteindre la phase des opérations commerciales d’ici 2030. Dangote Industries Limited assure la maîtrise d’ouvrage, Engineers India Limited (EIL) supervise la conception technique, et Afreximbank participe au financement.

Pour ancrer le projet, le gouvernement kenyan a provisionné 165 millions de dollars en fonds d’amorçage et propose aux États voisins de prendre jusqu’à 30 % du capital. L’oléoduc reliera le bassin de South Lokichar, dans le comté de Turkana, au port de Lamu, terminal maritime du corridor LAPSSET (Lamu Port–South Sudan–Ethiopia Transport), conçu pour connecter la côte kenyane au Soudan du Sud et à l’Éthiopie. Nairobi y a investi plusieurs milliards de dollars depuis les années 2010.

Un montage financier encore incomplet

Comme rapporté par Agence Ecofin en août dernier, le coût de la raffinerie a été ramené de 17 à 16 milliards de dollars, selon Aliko Dangote dans une interview accordée à la BBC. Dangote attribue cette réduction aux leçons tirées du chantier de Lagos, qui ont permis d’éviter des erreurs coûteuses, à un calendrier de construction plus court et à des taux d’intérêt plus bas qu’au moment où la raffinerie nigériane avait été financée.

Le montage prévoit 30 % de fonds propres et 70 % de dette. Cette dernière tranche n’est pas encore sécurisée. Edwin Devakumar, vice-président pétrole et gaz de Dangote Industries, avait indiqué à Reuters en juillet que le groupe comptait mobiliser une partie des fonds via des émissions obligataires et les recettes de l’introduction en bourse planifiée de la raffinerie de Lagos, dont la valorisation est estimée entre 40 et 50 milliards de dollars d’après Bloomberg.

Des incertitudes majeures sur l’approvisionnement en brut

Pour la question de l’approvisionnement, Ruto a cité l’Ouganda, le Soudan du Sud et le Kenya lui-même comme sources potentielles de brut. Chacune de ces ressources potentielles bute sur des obstacles concrets.

Le pétrole ougandais est acheminé via l’East African Crude Oil Pipeline (EACOP), un oléoduc de 1443 km en cours d’achèvement vers le port tanzanien de Tanga, un tracé qui ne passe pas par Lamu. Des analystes cités par Pipeline Technology Journal estiment qu’une réorientation de ces flux vers la future raffinerie kenyane supposerait une renégociation complexe entre plusieurs États et opérateurs. Les exportations du Soudan du Sud empruntent quant à elles un réseau qui traverse plutôt le Soudan, pays en proie à un conflit armé depuis 2023.

Reste le brut kenyan lui-même. La production de Turkana repart après des années de blocage. Gulf Energy, qui a repris le projet après le retrait de Tullow Oil en 2025, vise 20 000 b/j d’ici fin 2026, avec un potentiel de 50 000 b/j à terme. Un premier chargement par camion vers Mombasa est attendu en décembre. Cependant ces volumes restent sans commune mesure avec les 700 000 b/j que la raffinerie devra traiter à pleine capacité.

Abdel-Latif Boureima

Édité par Wilfried ASSOGBA

Lire aussi :

10/08/2026 : Kenya : Aliko Dangote réduit le coût de sa raffinerie et vise octobre pour le début des travaux

Sur le même thème
Les réseaux électriques africains doivent à la fois desservir davantage de populations et accueillir une production renouvelable croissante. Un défi qui demande des financements...
Le solaire gagne rapidement du terrain dans le système électrique zambien, mais les grandes centrales ne suffiront pas à elles seules à atteindre l’accès...
Atex dispose déjà de plusieurs résultats de forage encourageants, mais toujours pas d’estimation de ressources minérales. Après le retrait de Ricca Resources en 2025,...
Producteur de pétrole et de gaz au Ghana notamment, la compagnie porte une dette qu’elle doit rembourser. La trésorerie dégagée par ses champs conditionne...