(Agence Ecofin) - Au Rwanda, l’agriculture représente 20 % du PIB et emploie environ 35 % de la population active. Dans le cadre de sa politique visant à moderniser les systèmes de production et à accroître leur performance, Kigali explore une technologie encore peu associée à l’agriculture : le nucléaire.
Le gouvernement rwandais envisage d’intégrer des technologies nucléaires dans son secteur agricole. Lors de la 70ème Conférence générale de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), organisée du 14 au 18 septembre à Vienne, Armand Zingiro (photo), ministre rwandais des Infrastructures, a annoncé l’intention de Kigali de rejoindre Atoms4Food, une initiative conjointe de l’AIEA et de la FAO qui vise à aider les pays à utiliser les techniques nucléaires et isotopiques pour améliorer leurs systèmes agroalimentaires.
Selon les informations relayées par le média local The News Times, l’ambition affichée par le gouvernement à travers cette démarche est de renforcer la capacité du pays à améliorer sa productivité agricole, la sécurité alimentaire et la résilience au changement climatique dans l’agriculture.
De quoi s’agit-il ?
Lancé en 2023 par l’AIEA et la FAO, Atoms4Food vise à mettre les techniques nucléaires et isotopiques au service des systèmes agroalimentaires. L’initiative propose des solutions adaptées aux besoins de chaque pays pour améliorer la productivité des cultures et de l’élevage, mieux gérer l’eau et les ressources naturelles, réduire les pertes alimentaires, renforcer la sécurité sanitaire et nutritionnelle et accroître la résilience face au changement climatique.
Parmi les technologies nucléaires utilisées en agriculture, les techniques isotopiques peuvent servir de marqueurs pour suivre l’utilisation de l’eau et des nutriments par les cultures, afin d’aider à optimiser ces ressources. L’irradiation alimentaire permet, de son côté, de protéger les denrées contre certains agents pathogènes et de prolonger leur durée de conservation. Les rayonnements sont également utilisés dans la technique de l’insecte stérile, qui vise à réduire les populations de certains ravageurs.
L’intérêt de Kigali repose donc moins sur l’utilisation de l’énergie nucléaire dans les exploitations que sur les applications de la science nucléaire à différents maillons du système alimentaire.
Des gains de productivité déjà observés en Afrique
Il faut noter que l’intégration des technologies nucléaires dans les systèmes agroalimentaires n’est pas nouvelle en Afrique. Selon une publication de l’AIEA en 2020, des techniques isotopiques associées à des pratiques agricoles adaptées ont permis à des milliers d’agriculteurs au Kenya d’augmenter leurs rendements de 17 à 20 %, tout en réduisant leurs dépenses d’engrais de 20 %. Le dispositif alors mis en place dans le pays avec ces technologies permettait de mieux déterminer les besoins des cultures en eau et en nutriments.
En Namibie, un projet lancé en 2020 avec l’appui de l’AIEA et évalué en 2023 a permis d’améliorer de plus de 80 % l’efficacité de l’utilisation de l’eau d’irrigation et d’augmenter les rendements jusqu’à 70 % dans les exploitations participantes. Ces expériences donnent ainsi à Kigali des références concrètes alors que le pays cherche lui-même à améliorer l’utilisation de ses ressources agricoles.
Un levier potentiel pour les ambitions agricoles de Kigali
L’intérêt du Rwanda est à inscrire dans un contexte où le gouvernement cherche à accélérer la modernisation de son secteur agricole et à améliorer la résilience au changement climatique. Dans le cadre de son « 5ème Plan stratégique pour la transformation de l’agriculture » (PSTA 5), Kigali ambitionne par exemple de faire passer les surfaces agricoles irriguées à 132 171 hectares en 2029 contre 71 549 hectares en 2024.
Cette ambition donne une pertinence particulière aux techniques isotopiques capables d’aider à mieux comprendre et gérer l’utilisation de l’eau par les cultures. Reste désormais à déterminer quelles applications des technologies nucléaires seront réellement adaptées aux besoins du Rwanda si le pays rejoint l’initiative Atoms4Food.
Stéphanas Assocle
Édité par Wilfried ASSOGBA
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