(Agence Ecofin) - Essentiel aux batteries lithium-ion des véhicules électriques et aux systèmes de stockage d’énergie, le lithium est devenu un métal clé de la transition énergétique. Sa demande croissante fait de chaque source potentielle de production un enjeu pour garantir les approvisionnements mondiaux.
Mercredi 16 septembre, la junior minière Lithium Africa a publié une mise à jour de ses travaux d’exploration de lithium en Côte d’Ivoire, annonçant l’identification d’une seconde zone minéralisée sur son projet Adzopé. Ce développement traduit non seulement ses efforts pour avancer le projet vers une première découverte, mais illustre aussi la montée en puissance progressive de nouveaux pôles dans la filière sur le continent.
Après le Zimbabwe et le Mali, déjà producteurs, plusieurs pays africains se positionnent ainsi pour devenir à leur tour de nouvelles sources d’approvisionnement. Encore absente de la carte des producteurs il y a une dizaine d’années, l’Afrique s’impose désormais progressivement comme une nouvelle source d’approvisionnement en lithium.
La trajectoire est d’abord portée par le Zimbabwe qui, depuis le début des années 2020, a vu plusieurs mines soutenues par des capitaux chinois entrer en production, dont Bikita, Arcadia et Sabi Star. Le Mali a ensuite rejoint cette dynamique, avec la mise en service, entre 2024 et 2025, des mines de Goulamina et Bougouni. En 2025, l’US Geological Survey ne recensait encore que ces deux pays parmi les producteurs africains de lithium.
De son côté, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) relève une hausse de 44 % de la production africaine en 2025. Le continent a ainsi représenté 14 % de l’offre mondiale cette année-là, soit une multiplication par 26 par rapport à son niveau de 2020. Une accélération qui pourrait encore se poursuivre alors que les projets en phase de construction, de mise en production ou d’exploration se multiplient à travers le continent.
De la RDC au Nigeria, les pôles à suivre
La République démocratique du Congo figure parmi les pays africains susceptibles de renforcer à court terme la filière du lithium sur le continent. Elle abrite en effet le projet Manono, où le groupe chinois Zijin Mining s’est investi dans un chantier budgétisé à environ 1 milliard USD et censé produire 1 million de tonnes de concentré de spodumène par an. Présenté comme la première mine de lithium de l’histoire du pays, le projet a vu son usine de traitement démarrer en juillet et poursuit désormais sa montée en régime.
Pendant ce temps, le Ghana attend aussi son futur fleuron avec le projet Ewoyaa. Déjà doté d’une étude de faisabilité et du permis d’exploitation nécessaire à sa construction, le projet attend encore sa décision finale d’investissement (FID), étape qui doit marquer l’engagement des dépenses nécessaires à la construction de la mine.
Le Nigeria n’est pas en reste. Ce géant économique du continent fait du lithium l’un des minerais au cœur de ses ambitions de diversification d’une économie encore largement dépendante des revenus pétroliers. En 2025, le gouvernement avait annoncé des projets pour quatre usines de traitement de lithium dans le pays, dont une unité évaluée à 600 millions USD, sans que les modalités de mise en œuvre de ces initiatives aient encore été précisées.
À des stades moins avancés, d’autres pays disposent déjà de projets reposant sur des ressources minérales identifiées. C’est le cas de la Namibie avec le projet Karibib de Lepidico, où 11,9 millions de tonnes de ressources titrant 0,45 % d’oxyde de lithium ont été identifiées. Le pays compte également plusieurs autres actifs, tandis que certaines juridictions africaines restent encore à la recherche de leurs premières découvertes. La Côte d’Ivoire illustre cette deuxième dynamique, avec les travaux de Lithium Africa, mais aussi ceux d’autres acteurs comme l’australien Atlantic Lithium, présent sur les permis Rubino et Agboville. L’Angola est elle aussi, présente avec le projet Namibe, dont le groupe chinois Sinomine cherche à prendre le contrôle.
Dans l’exploration, en RDC, la startup américaine KoBold Metals mène des travaux sur plusieurs permis dans la région de Manono. En Namibie, les projets Omaruru porté par Prospect Resources et Lithium Ridge, dans lequel le chilien SQM investit aux côtés d’Andrada Mining, témoignent également de l’intérêt croissant pour le potentiel du continent.
Ce qu’il reste à voir
Ces différents investissements renforcent les perspectives de développement de la filière lithium en Afrique, sans pour autant garantir l’aboutissement des projets. Si Manono est suffisamment avancé pour positionner la RDC comme un nouveau producteur, le Ghana, le Nigeria et la Namibie doivent encore franchir plusieurs étapes avant d’y parvenir. La mobilisation des financements, puis le passage à la construction et à la production, seront déterminants pour transformer ces projets en nouvelles capacités d’approvisionnement.
L’importance croissante du lithium dans la transition énergétique pourrait soutenir cette trajectoire. Le métal est en effet utilisé dans les batteries des véhicules électriques et dans les systèmes de stockage d’énergie. Selon l’AIE, il est le minerai critique dont la demande progresse le plus rapidement. Les besoins devraient ainsi quadrupler d’ici 2040, ce qui nécessiterait de multiplier par 2,5 la production minière.
Mais les perspectives restent aussi soumises aux évolutions du marché, en particulier à celles des prix dans une industrie où les décisions d’investissement restent fortement liées aux conditions de marché. Après avoir atteint des sommets en 2022, les cours du lithium se sont effondrés au cours des années suivantes, avant de se redresser entre 2025 et 2026. Les derniers signaux suggèrent toutefois un nouveau repli, BMI anticipant notamment une baisse des cours au second semestre 2026.
Aurel Sèdjro Houenou
Édité par Wilfried ASSOGBA
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