(Agence Ecofin) - La guerre avec l’Iran et les attaques houthies fragilisent plusieurs corridors énergétiques du Moyen-Orient, compliquant l’acheminement du brut saoudien vers ses marchés asiatiques et renforçant l’importance des routes reliant la mer Rouge à la Méditerranée.
Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a rencontré, le 15 septembre au Caire, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, alors que Riyad fait face à des perturbations sur plusieurs voies d’acheminement de son pétrole. Le détroit d’Ormuz est affecté par la guerre avec l’Iran, l’East-West Pipeline doit rester largement fermé pendant plusieurs semaines après avoir été endommagé, tandis que les avancées des Houthis au Yémen accentuent les risques autour de Bab el-Mandeb. Dans ce contexte, les infrastructures égyptiennes reliant la mer Rouge à la Méditerranée prennent une importance particulière pour les flux saoudiens.
Les deux dirigeants ont confirmé leur engagement en faveur de la liberté et de la sécurité de la navigation en mer Rouge et à Bab el-Mandeb, tandis que la présidence égyptienne a réaffirmé son « soutien sans réserve » à l’Arabie saoudite. Aucun dispositif précis n’a été annoncé, mais la rencontre intervient alors que les tensions régionales affectent les routes pétrolières du royaume.
Riyad confronté à plusieurs contraintes sur ses routes pétrolières
L’East-West Pipeline, endommagé lors d’une attaque attribuée à des milices alliées à l’Iran en Irak, devrait rester en grande partie à l’arrêt pendant plusieurs semaines, le temps des réparations. Des responsables régionaux cités par Associated Press estiment que cette interruption pourrait maintenir plusieurs millions de barils de pétrole par jour hors du marché.
Le détroit d’Ormuz, autre voie majeure pour les flux énergétiques régionaux, est perturbé depuis le déclenchement de la guerre avec l’Iran, le 28 février. À l’autre extrémité de la mer Rouge, les Houthis ont pris le port yéménite de Mokha et trois îles stratégiques dans ou à proximité de Bab el-Mandeb, tout en attaquant des navires saoudiens depuis fin juillet. Ce détroit relie la mer Rouge à l’océan Indien et ouvre notamment la route vers les principaux clients asiatiques du pétrole saoudien. La pression sur ce corridor intervient donc alors que les capacités d’acheminement du royaume sont déjà affectées ailleurs.
Le marché pétrolier a réagi à ces craintes sur l’offre. Le 15 septembre, le Brent gagnait 3,49 dollars, à 109,20 dollars le baril, et le WTI 5,08 dollars, à 106,46 dollars, les deux contrats se dirigeant vers leur plus forte clôture en près de quatre mois.
Les arrêts de production sur trois champs pétroliers libyens et la suspension des chargements saoudiens à Yanbu alimentaient également le sentiment haussier du marché.
L’Égypte au croisement des flux de la mer Rouge et de la Méditerranée
L’intérêt pétrolier de la rencontre apparaît surtout dans le rôle déjà joué par les infrastructures égyptiennes. Pendant la guerre avec l’Iran, l’Arabie saoudite avait redirigé des exportations vers la mer Rouge, dont une partie passait par le canal de Suez ou par un pipeline égyptien reliant la mer Rouge à la Méditerranée.
Les sources ne font pas état d’un nouvel accord faisant de l’Égypte une voie de substitution aux infrastructures saoudiennes endommagées. Elles montrent en revanche que des volumes de brut saoudien ont déjà emprunté ces infrastructures pour rejoindre la Méditerranée.
La crise produit ainsi un effet paradoxal pour l’Égypte. Les attaques houthies contre la navigation en mer Rouge ont réduit le trafic du canal de Suez et pesé sur ses recettes, mais les perturbations des autres corridors énergétiques mettent en évidence l’utilité de ses infrastructures pour les échanges entre les deux façades maritimes.
L’enjeu est aussi politique. L’Égypte ne devrait pas fournir de soutien militaire à Riyad, mais peut lui apporter un soutien politique dans le monde arabe. Cette prudence s’inscrit dans un contexte régional plus difficile pour Riyad. Les Émirats arabes unis, partenaires de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite contre les Houthis en 2015, se sont retirés du conflit après des divergences entre leurs alliés yéménites et ceux de Riyad, contribuant à l’éclatement de la coalition. Les combats ont repris après la trêve de 2022 et les Houthis ont depuis gagné du terrain face aux forces soutenues par l’Arabie saoudite.
La rencontre du Caire intervient donc alors que Riyad cherche à la fois un soutien politique face aux Houthis et à préserver ses options d’acheminement dans une région où plusieurs corridors sont perturbés.
Olivier de Souza
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