(Agence Ecofin) - Pour Luzolo Bambi, ministre de la Justice et des Droits humains, aucun peuple à travers le monde, n’a autant souffert que le peuple congolais depuis 1990 : « les atrocités les plus abjectes, 5 millions de morts, presque autant de déplacés et de nombreuses femmes violées fréquemment chaque année »
Les victimes fondent aujourd’hui tous leurs espoirs sur un texte de loi qui devrait permettre de juger leurs bourreaux en RDC. Selon ce projet de loi, en examen au Parlement, la Cour spéciale comprendra un parquet général et exercera sa compétence pour les crimes contre l'humanité, les crimes de guerre et de génocide commis à partir de 1990, et qui sont imprescriptibles.
La partie n’est pas gagnée car d’importantes personnalités politiques, citées dans les rapports d’enquête de l’ONU, pourraient bien être mises en cause par une telle démarche. Le Sénat, plus particulièrement, semble opposer de vives résistances. Réunis en séance plénière, ce vendredi 12 août sous la direction de son président, Léon Kengo wa Dondo, de nombreux sénateurs, dans leurs interventions, n'ont trouvé aucune urgence pour la mise en œuvre de cette instance spécialisée des droits de l'Homme. D’autres proclament même la non-recevabilité du projet de loi. « Pareille décision serait politiquement lourde de conséquences, non pas à cause de la perspective éventuelle de l'imposition par les Nations Unies d'une juridiction internationale créée en dehors de toute initiative nationale, mais parce que nous aurons apporté la preuve que la classe politique congolaise demeure imperméable à la demande de justice de nos populations meurtries », leur a répondu le ministre Luzolo Bambi.
Le débat porte également sur la participation ou non de magistrats étrangers. Le ministre y est favorable : « Quoi de plus normal que d'obtenir un renforcement des capacités par une Cour spéciale ? Au moins pour que nous ayons un instrument qui puisse apporter des réponses pour les situations passées, les situations nouvelles, et les différentes situations à venir », soutient-il.
Quant aux militants des droits de l’Homme, ils s’activent comme jamais pour obtenir l’adhésion d’une majorité de parlementaires. « C'est un début dans la lutte contre l'impunité en République démocratique du Congo. C'est pourquoi nous sommes en train d'encourager les sénateurs et les honorables députés pour qu'ils puissent adopter ces projets de loi à toutes fins utiles », déclare Fernandez Murhola, leader du réseau des associations de défense des droits de l'homme au journal Le Potentiel.