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Oragroup : un plan de sauvetage de 454 millions $

  • Date de création: 15 octobre 2024 17:07

(Agence Ecofin) - Augmentation de capital, monétisation de ses dettes Tier 2, restructuration du bilan de certaines filiales, ventes d'actifs… Le groupe Oragroup s'apprête à déployer un plan de sauvetage pour renflouer ses filiales en difficulté. 

Le groupe bancaire Oragroup a annoncé avoir besoin de 273 milliards de francs CFA (environ 454 millions $) pour renforcer les fonds propres de ses principales filiales, conformément aux exigences réglementaires de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA). Cette information a été divulguée dans un rapport présenté lors de l'Assemblée générale mixte tenue le 15 octobre 2024.

Le groupe, présent dans 12 pays d'Afrique centrale et de l'Ouest, fait face à une pression accrue pour respecter les ratios prudentiels fixés par le régulateur avant la fin de l'année 2024. Le conseil d’administration, qui cherche le feu vert des actionnaires pour son plan de sauvetage, a souligné que plusieurs filiales du groupe basé à Lomé, dont celles du Togo, du Tchad et de la Guinée, ne parviennent pas à atteindre les niveaux de solvabilité requis, ce qui expose le groupe à des risques financiers.

En effet, la banque est confrontée à une crise de liquidité, exacerbée par son exposition importante aux risques souverains en Afrique centrale et de l'Ouest. Cette situation a sévèrement fragilisé Oragroup, dont le ratio de fonds propres de base (CET1) est tombé à 2,3 % à la fin de 2023, bien en dessous des 7,9 % exigés par les régulateurs. De plus, la proportion de prêts non performants (NPL) a atteint 20 % du portefeuille total en 2023.

Au Togo où Oragroup est le leader du marché bancaire, la filiale a besoin à elle seule de 80 milliards FCFA pour rétablir sa situation financière. La filiale tchadienne requiert 75 milliards FCFA, tandis que la Guinée, la Mauritanie et le Bénin doivent mobiliser respectivement 30 milliards FCFA, 25 milliards FCFA et 8 milliards FCFA.

Augmentation de capital et restructuration

Pour faire face à cette situation, Oragroup prévoit une augmentation de capital d’un montant maximum de 160 milliards FCFA. Les actionnaires existants pourront exercer leur droit préférentiel de souscription lors de cette opération, qui sera réalisée par l’émission de nouvelles actions ordinaires, indique la banque.

En parallèle, des opérations de restructuration de bilan, notamment en Guinée et en Côte d'Ivoire, devraient générer jusqu'à 80 milliards FCFA, a indiqué la holding. Elle envisage également la monétisation de ses dettes Tier 2, un mécanisme qui pourrait renforcer les fonds propres de 17 milliards FCFA supplémentaires.

Il est aussi envisagé d’optimiser les actifs pondérés par les risques (ARP) à hauteur de 200 milliards FCFA au cours du second semestre 2024. Cette mesure devrait contribuer à alléger la pression sur le capital réglementaire du groupe et à améliorer ses ratios de solvabilité, assure-t-on.

La concentration de crédit est un autre défi pour Oragroup : les 20 plus grands prêts représentent à eux seuls 231 % de ses fonds propres. D’où l'urgence des mesures correctives.

En outre, le groupe prévoit la cession d’immobilisations hors exploitation afin de renforcer sa trésorerie. 

Risques à moyen terme

Le groupe, détenu à plus de 49% par Emerging Capital Partners (ECP), un fonds dont le cycle d’investissement est arrivé à terme depuis plusieurs années, avertit ses actionnaires que l'absence de renforcement des fonds propres avant la fin de l'année pourrait compromettre la stabilité du groupe au-delà de 2024, avec des répercussions potentielles sur sa capacité à poursuivre ses opérations dans certaines filiales. Le groupe table sur un retour à des niveaux de solvabilité conformes d’ici 2026, sous réserve de la mise en œuvre rapide des actions proposées.

Sous haute surveillance de la commission bancaire, Oragroup sait aussi que le non-respect des ratios prudentiels au-delà de 2024 pourrait entraîner des sanctions sévères de la part des autorités de régulation, ce qui compromettrait sa capacité à opérer normalement sur ses marchés clés.

« Le renforcement des fonds propres via une augmentation de capital est donc impératif afin de respecter les exigences prudentielles et d'assurer la stabilité financière du groupe. Sans cette mesure, il est peu probable d'atteindre les objectifs avant 2026, ce qui présenterait un risque significatif pour la pérennité du groupe », a déclaré le conseil d'administration dans son rapport soumis aux actionnaires.

Sur la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), basée à Abidjan, où les actions d’Oragroup sont actuellement cotées, ces mesures sont attendues, d’autant que depuis son introduction, le titre a perdu plus de la moitié de sa valeur et n’a versé qu’une seule fois des dividendes.

Le plan de sauvetage d'Oragroup est particulièrement suivi de près par un autre acteur, Vista Bank, de Simon Tiemtoré. Le financier avait trouvé un accord avec ECP et d’autres investisseurs institutionnels pour reprendre leurs parts dans le capital du groupe bancaire. Mais l’accord initial, signé en août 2023, a été dénoncé par ECP, obligeant les deux parties à renégocier. Une nouvelle convention de cession a ainsi été scellée, a annoncé Oragroup début octobre, relançant les spéculations sur l’avenir du groupe.

Fiacre E. Kakpo



 
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