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Riz brisé : les acheteurs ouest-africains face à la concurrence des géants asiatiques

Riz brisé : les acheteurs ouest-africains face à la concurrence des géants asiatiques
  • Date de création: 15 septembre 2026 17:39

(Agence Ecofin) - Généralement réservé aux pays à faibles revenus ou exporté vers la Chine et l’Union européenne pour être utilisé dans l’alimentation animale, le riz brisé occupe une place bien différente en Afrique de l’Ouest, où il constitue une denrée de consommation humaine essentielle.

Le marché mondial du riz brisé se resserre sous l’effet d’une demande croissante en Asie avec des implications au niveau des gros consommateurs sur la côte ouest-africaine. C’est ce qu’indique le dernier rapport publié sur le marché céréalier par le Département américain de l’agriculture (USDA).  

Un jeu d’équilibre entre l’Inde, la Chine et les Philippines

Au cours des sept premiers mois de l’année, l’organisme américain indique que la Chine a importé 1,4 million de tonnes de riz brisé, soit près du tiers des achats totaux attendus en 2026.

Cette demande est portée par l’industrie de l’alimentation animale qui utilise de plus en plus ce produit riche en amidon et en protéines brutes comme substitut au maïs dans les rations destinées à l’élevage, lorsque son prix devient plus avantageux.

Si ce volume reste inférieur au record de 3,5 millions de tonnes atteint en 2022, dans un contexte marqué par les perturbations des chaînes d’approvisionnement en céréales après le déclenchement de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, la reprise des achats chinois intervient néanmoins à un moment particulièrement sensible pour le marché mondial.

Le 16 juillet dernier, l’Inde, premier exportateur mondial de riz, a relevé le prix administré du riz brisé vendu aux distilleries pour la production d’éthanol. Cette mesure rend plus attractif l’écoulement d’une part des volumes sur le marché intérieur plutôt que leur exportation et pourrait ainsi réduire les disponibilités indiennes destinées au commerce international.

Cette décision est intervenue quelques jours après un changement majeur aux Philippines. Le 2 juillet, le pays, premier importateur mondial de riz, a suspendu la délivrance d’autorisations sanitaires et phytosanitaires pour les importations de riz blanc à 5% de brisures. Soucieux de limiter l’entrée de riz importé de qualité élevée afin de soutenir les producteurs locaux, le gouvernement demande désormais aux importateurs de privilégier des qualités contenant 25% de brisures ou davantage.

Une pression accrue sur les marchés ouest-africains

Ces mouvements pourraient avoir des répercussions importantes en Afrique de l’Ouest. À la différence de la Chine, où le riz brisé est largement utilisé dans l’alimentation animale, ce produit issu de l’usinage du riz constitue un aliment de base pour les ménages dans plusieurs pays de la région, notamment au Sénégal, au Mali, en Guinée-Bissau et en Gambie.

Au Sénégal, plus de 65% des achats de riz en provenance d’Inde sont constitués de riz brisé. Au Mali, les qualités contenant entre 25% et 30% de brisures représenteraient environ 70% de la consommation selon l’USDA. Pour ces marchés sensibles aux prix, toute contraction des disponibilités ou tout renforcement de la concurrence sur les grades les moins chers peut donc avoir des effets directs sur les coûts d’approvisionnement et les prix de détail.

Alors que les Philippines devraient rester très actives sur le marché mondial, avec des importations record attendues à 5,6 millions de tonnes durant la campagne 2026/2027, le Vietnam, premier fournisseur du pays, pourrait adapter la composition de ses cargaisons afin d’intégrer davantage de riz fortement brisé. La Birmanie, la Thaïlande et le Pakistan, autres fournisseurs du marché philippin, pourraient suivre la même logique.

Du côté chinois, l’Inde, devenue au début de 2026 le premier fournisseur de la Chine devant la Birmanie, devrait continuer de privilégier la demande chinoise.

Pris ensemble, ces ajustements pourraient modifier la hiérarchie des prix : les qualités à forte proportion de grains cassés — 25%, 30% ou 100% de brisures —, habituellement nettement moins chères que le riz à 5% de brisures, risquent de voir leur décote se réduire sous l’effet de la concurrence asiatique.

D’après l’USDA, les premiers effets sont déjà perceptibles au Sénégal avec des importations de riz brisé ayant reculé de 35% au premier semestre 2026 par rapport à la même période de l’année précédente.

« Les acheteurs africains continuent de s’approvisionner en riz brisé thaïlandais, mais dans des volumes inférieurs à ceux de l’année précédente. Les prix thaïlandais sont actuellement les moins compétitifs parmi les principales origines et devraient rester élevés dans un contexte d’incertitudes liées à El Niño », indique le rapport.

Selon Platts, le prix du riz blanc thaïlandais à 5% de brisures s’établissait à 475 $ la tonne FOB le 3 septembre dernier, son niveau le plus élevé depuis deux mois en raison notamment des inquiétudes sur les disponibilités en eau pour l'irrigation. Ce prix restait légèrement inférieur aux 479 $ relevés le 29 juin, mais dépassait de plus de 100 $ la tonne la cotation enregistrée le 18 février dernier (374 $).

Espoir Olodo

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