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Le marché africain du fret aérien au coeur des ambitions logistiques mondiales 

Le marché africain du fret aérien au coeur des ambitions logistiques mondiales 
  • Date de création: 15 septembre 2026 13:21

(Agence Ecofin) - La hausse des échanges africains accroît les besoins de transport rapide pour les marchandises à forte valeur ajoutée ou sujettes à des contraintes de délai. Cette évolution renforce l’intérêt des grands opérateurs pour les liaisons avec le continent, et recompose progressivement la carte du fret aérien.

Dans un communiqué publié le vendredi 11 septembre sur son site officiel, flydubai annonce qu’elle ajoutera, à partir du 1er octobre, trois Boeing 737-800 freighters à son dispositif cargo, chaque appareil présentant une capacité de 23 tonnes par vol. Les avions seront exploités en location clé en main avec SolitAir depuis Al Maktoum International Airport (DWC), à Dubaï. Ils viennent compléter les capacités de fret des soutes des 98 appareils passagers de la compagnie. 

L’annonce survient alors que le marché africain du fret aérien affiche une dynamique particulièrement forte. En février dernier, la demande des compagnies africaines a progressé de 21 % sur un an. Leur capacité augmentait dans le même temps de 17,3 %, selon l’Association du transport aérien international (IATA). Cette progression crée mécaniquement un besoin de tonnage supplémentaire. Elle ouvre surtout une bataille pour les compagnies capables d’organiser les flux entre les marchés africains et les grands centres de consommation mondiaux.

Les hubs du Golfe avancent leurs pions

Les transporteurs du Golfe disposent déjà d’un avantage dans cette compétition. Emirates SkyCargo transportait début 2025 environ 3 820 tonnes de marchandises par semaine depuis et vers l’Afrique. La compagnie prévoit de porter sa flotte à au moins 21 avions-cargos. Qatar Airways Cargo revendique pour sa part 12 % du marché mondial du fret aérien, avec plus de 70 destinations desservies en cargo depuis son hub de Doha. Etihad Cargo, depuis Abu Dhabi, annonce de son côté l’ouverture de 6 nouvelles destinations africaines d’ici mars 2027, dont Lagos, Accra et Kinshasa. 

Ces opérateurs ne misent toutefois pas uniquement sur les avions. Dubaï pousse le plus loin cette logique d’intégration. Le développement d’Al Maktoum International Airport s’inscrit dans un ensemble logistique plus vaste. Dubai South, zone économique spéciale dédiée à la logistique et au commerce, regroupe des capacités de stockage, de distribution et des connexions avec le port de Jebel Ali. Le complexe doit pouvoir traiter à terme jusqu’à 12 millions de tonnes de fret par an. 

Cette intégration permet de capter plusieurs étapes d’un même flux. Transport, transit, stockage et redistribution vers le marché final deviennent autant de revenus supplémentaires.

L’Afrique peut-elle capter une partie de cette valeur ? 

La question est de savoir si la progression des volumes profitera principalement à ces plateformes extérieures. Des hubs africains peuvent-ils vraiment se positionner sur les fonctions les plus rémunératrices de la chaîne ? Ethiopian Airlines offre l’un des principaux exemples de cette seconde stratégie.

La compagnie éthiopienne a transporté 897 000 tonnes de fret au cours de son exercice 2025-2026, en hausse de 16 % sur un an. Sa flotte comprend 12 Boeing 777F et plusieurs appareils cargos de moindre capacité. Elle envisage l’acquisition de jusqu’à 10 nouveaux avions-cargos. 

Mais c’est surtout le projet de nouvel aéroport de Bishoftu qui révèle l’ambition poursuivie. Le site doit pouvoir traiter à terme jusqu’à 3,7 millions de tonnes de fret par an. L’objectif dépasse la croissance d’une compagnie aérienne. En renforçant sa flotte et ses infrastructures, l’Éthiopie cherche à attirer et redistribuer davantage de marchandises africaines vers l’Europe, l’Asie, le Moyen-Orient et les Amériques.

Le mouvement s’inscrit dans une réalité plus large. La hausse du fret aérien africain ne se traduira pas automatiquement par une création de valeur équivalente sur le continent. La bataille se joue désormais sur la capacité à devenir le point de passage des marchandises, et non plus seulement leur point de départ. Pour l’Afrique, l’enjeu sera de transformer la progression des volumes en développement de plateformes capables de retenir sur le continent une plus grande part des activités de transit, de stockage et de redistribution. 

Félicien Houindo Lokossou 

Lire aussi: 01/09/2026 - Fret aérien : après l’embellie du premier semestre 2026, l’Afrique face au risque de dépendance

02/05/2026 - Fret aérien : l’Afrique toujours moteur de la croissance mondiale, malgré un net ralentissement en mars

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