(Agence Ecofin) - Les autorités centrafricaines multiplient les efforts pour accélérer la transformation numérique afin de soutenir le développement socio-économique national. La Centrafrique reste toutefois confrontée à d’importants retards dans le domaine du numérique.
La composante centrafricaine du Programme régional d’intégration numérique en Afrique centrale (CARDIP) doit être lancée en avril 2027. Cette échéance intervient après une semaine de travaux menés à Bangui par une mission de la Banque mondiale, consacrée aux modalités de mise en œuvre et aux priorités d’investissement du programme.
Les discussions ont porté sur les arrangements institutionnels et la mise en place de l’unité de coordination du projet. À terme, le CARDIP doit permettre à la République centrafricaine (RCA) de renforcer sa connectivité, mais aussi de développer les services publics numériques, les infrastructures de données et les compétences nécessaires à l’émergence d’un écosystème numérique local.
Dans le domaine des infrastructures, le CARDIP prévoit dans les pays participants l’extension et la modernisation des réseaux haut débit, des dorsales nationales aux liaisons transfrontalières. Le programme vise aussi à renforcer les itinéraires internationaux de connectivité, un volet important pour les pays enclavés comme la Centrafrique. Des solutions sans fil et satellitaires pourront compléter ces infrastructures afin de desservir les zones rurales, éloignées ou encore mal couvertes.
La RCA peut aussi bénéficier du développement d’infrastructures destinées au stockage, au traitement et à l’échange des données. Le CARDIP prévoit à ce titre des investissements dans les centres de données et les services cloud, tout en renforçant les capacités de cybersécurité. Ces dernières passeront par la création ou le renforcement d’équipes d’intervention en cas d’incident informatique et de centres opérationnels de sécurité.
Le programme entend par ailleurs accompagner la transformation numérique des administrations. Il prévoit notamment des systèmes d’identité numérique, des plateformes d’interopérabilité et des solutions de paiement numérique permettant aux administrations d’échanger plus facilement leurs données et de développer les services en ligne. Le CARDIP envisage aussi des services publics intégrant l’intelligence artificielle, comme des assistants multilingues et des outils d’automatisation ou d’aide à la décision.
L’ambition est aussi de favoriser l’émergence d’un écosystème entrepreneurial numérique à l’échelle régionale. Dans les pays participants, le CARDIP prévoit un soutien aux start‑up, aux incubateurs, aux accélérateurs et aux pôles d’innovation, ainsi qu’à la numérisation des entreprises existantes. La Société financière internationale (IFC) devrait accompagner les entreprises numériques jugées commercialement viables, tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA) contribuera à réduire les risques associés aux investissements privés dans la région.
Le développement des compétences doit compléter ces investissements. Le programme prévoit des formations allant des compétences numériques de base aux compétences avancées, notamment dans l’intelligence artificielle, en fonction des besoins du marché du travail. Une attention particulière sera accordée aux jeunes, aux femmes, aux réfugiés et aux communautés d’accueil.
Le CARDIP doit ainsi soutenir les ambitions de transformation numérique de la Centrafrique. Cette orientation rejoint le Plan national de développement 2024–2028 (PND‑RCA), qui fait du numérique un levier transversal au service des différents piliers stratégiques du développement national.
Le besoin reste important, en particulier pour les services publics numériques. La Centrafrique arrive à la dernière place sur 193 pays dans l’Indice de développement de l’e‑gouvernement (EGDI) des Nations unies. Le pays enregistre un score de 0,0947 sur 1, contre des moyennes de 0,4247 en Afrique et de 0,6382 dans le monde.
La cybersécurité constitue une autre faiblesse. Le pays se situe au dernier niveau de l’indice de cybersécurité établi par l’Union internationale des télécommunications (UIT). L’organisation relève toutefois des avancées sur le plan réglementaire, tandis que la Centrafrique reste en retrait dans les mesures techniques, le développement des capacités, les mesures organisationnelles et la coopération.
Isaac K. Kassouwi
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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