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5 % du PIB d’ici 2030 : le pari minier du Tchad face au défi de la formalisation de l’or

5 % du PIB d’ici 2030 : le pari minier du Tchad face au défi de la formalisation de l’or
  • Date de création: 15 septembre 2026 10:01

(Agence Ecofin) - Du Ghana au Zimbabwe, en passant par la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, les initiatives se multiplient pour mieux encadrer l’exploitation aurifère artisanale. Une réponse à un défi commun sur un continent où la production des mineurs artisanaux échappe encore en partie aux circuits nationaux.

Vendredi 11 septembre, le ministère des Mines du Tchad a annoncé la suspension, jusqu’à nouvel ordre, de toute nouvelle demande d’autorisation de prospection minière dans le pays. Cette décision intervient alors que N’Djamena place le renforcement du secteur minier au cœur de son plan de développement national, avec l’objectif de porter sa contribution à 5 % du PIB d’ici 2030, contre environ 1 % en 2023. Une ambition qui replace l’or au centre des attentions, entre fort potentiel revendiqué et retombées encore peu documentées.

Dans son plan « Tchad Connexion 2030 », le gouvernement tchadien fait du renforcement de la contribution du secteur minier un pilier de la diversification d’une économie encore largement dépendante des hydrocarbures. Dans un secteur extractif représentant 14,70 % du PIB en 2023 et 83,77 % des exportations, le secteur minier n’avait par exemple représenté que 0,14 % des 1 638,53 milliards de francs CFA (2,9 milliards USD) de paiements issus du secteur, le reste étant généré par l’activité pétrolière, elle-même répartie entre l’exploitation, le raffinage et le transport, selon l’ITIE.

Pour réduire cet écart, l’agenda avancé par l’État inclut plusieurs réformes. Il prévoit d’accélérer et d’approfondir l’inventaire géologique national, de moderniser le cadre réglementaire du secteur minier avec un nouveau Code minier déjà en cours d’étude, d’accélérer l’exploration à travers l’attribution de 10 permis d’exploration minière d’ici 2030, ainsi que d’industrialiser la production minière, avec en priorité le raffinage de l’or. Mais si les efforts de prospection et de valorisation pourraient dégager de nouvelles opportunités pour la filière aurifère, le renforcement du contrôle sur les flux existants, constitue aussi un autre défi de taille.

10 tonnes d’or artisanal par an…

La place accordée à l’or dans cette stratégie tient surtout au fait qu’il constitue le principal produit minier du sous-sol tchadien. Parmi les autres ressources recensées par l’ITIE, figurent l’argent, généralement extrait comme sous-produit de l’or, ainsi que des produits de carrière comme le ciment, le calcaire, le sable, le gypse ou encore certains matériaux industriels. Au Tchad, la production aurifère est réputée être majoritairement artisanale. En 2023, l’ITIE rapportait ainsi une production de 2 660 kg issue du segment artisanal, contre 4,34 kg pour l’exploitation industrielle. Ce volume est proche de celui des exportations rapportées et dites « taxées », sans que les revenus associés soient toutefois spécifiés, contrairement aux recettes tirées de l’exploitation pétrolière.

Les données commerciales donnent toutefois une autre idée de l’ampleur des flux. D’après les données miroirs de la base UN-Comtrade citées par l’ITIE, les Émirats arabes unis demeuraient en 2023 le principal pays importateur d’or en provenance du Tchad, avec 17,7 tonnes déclarées pour une valeur totale de 1,107 milliard USD. Le volume avait ainsi progressé d’environ 18 % sur un an, après 15,03 tonnes importées en 2022, pour 875,7 millions USD. L’écart avec les volumes officiellement enregistrés au Tchad suggère ainsi que l’or circulant dans les circuits commerciaux internationaux dépasse largement les quantités déclarées par le pays producteur.

Ce décalage semble également ressortir des propres estimations des autorités. Dans le document « Tchad Connexion 2030 », publié en 2025, le gouvernement fait en effet état de plus de 10 tonnes d’or extraites artisanalement chaque année. Des écarts qui donnent à voir les principaux défis de la filière : mieux suivre les flux d’or artisanal et les intégrer aux circuits officiels avec à la clé une meilleure captation des recettes pour l’État. Un chantier qui occupe déjà l’attention de l’exécutif tchadien à travers plusieurs initiatives visant à formaliser l’activité minière artisanale.

Depuis 2024, la Société Nationale d’Exploitation Minière et de Contrôle (SONEMIC) indique avoir réalisé plusieurs avancées dans la formalisation des sites miniers artisanaux dans le Tibesti. En novembre 2025, un programme mené avec l’appui de la Banque africaine de développement (BAD) ciblait l’accompagnement des artisans miniers et des exploitants à petite échelle dans le secteur aurifère, de l’amélioration des processus d’extraction aux exigences sociales et fiscales. Fin juillet, le ministère des Mines lançait également un atelier de validation du référentiel de gouvernance, de structuration et de formalisation de l’exploitation artisanale, un instrument destiné à mieux encadrer le secteur.

Dans ce paysage, la capacité de ces initiatives à produire des résultats concrets et à mieux intégrer les flux miniers dans les circuits officiels pourrait être déterminante pour les ambitions tchadiennes. Des progrès s’observent déjà ailleurs sur le continent, comme l’illustre le cas du Ghana qui, avec la mise en place du GoldBod, une nouvelle entité étatique, a enregistré une nette progression de la production aurifère artisanale, avec un record à la clé en 2025, ainsi qu’une hausse des recettes d’exportation générées pour l’État.

Aurel Sèdjro Houenou

Édité par Wilfried ASSOGBA 

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