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Patrimoine oral : « Akissa », le pari d’un studio ivoirien pour décoloniser les boîtes à histoires

Patrimoine oral : « Akissa », le pari d’un studio ivoirien pour décoloniser les boîtes à histoires
  • Date de création: 15 juillet 2026 06:50

(Agence Ecofin) - Alors que les boîtes à histoires sans écran s'imposent partout pour éloigner les enfants des tablettes, l’entreprise ivoirienne Studio 6 lance « Akissa », un appareil audio entièrement dédié aux récits, contes et comptines d'Afrique.

Derrière le succès commercial des boîtes à histoires audio, une absence persistait : les héros, les contes et les langues d'Afrique y étaient presque inexistants. C'est ce vide que l'entreprise ivoirienne Studio 6 entend combler avec « Akissa », présentée comme la première boîte à histoires audio entièrement consacrée aux récits, comptines et chansons africains pour les enfants à partir de trois ans.

Selon des informations rapportées récemment par l'Agence ivoirienne de presse (AIP), cet appareil sans écran propose une bibliothèque sonore où les histoires côtoient des comptines en wolof, malinké, peul, lobi, lingala, baoulé, zarma, yacouba et sénoufo. Chaque récit s'achève par une morale, dans la continuité de la tradition orale africaine, tandis que les ambiances sonores ont été volontairement limitées. Les bruits de pages tournées suffisent à rappeler qu'avant d'être une expérience audio, « Akissa » veut aussi être une invitation à la lecture.

« On ne veut pas être dans une logique de conteur qui dit un texte ou une fiction radiophonique. […] On a des bruits de pages qui tournent pour rappeler à l'enfant que c'est bien un livre qui est en train d'être lu », explique Honoré Essoh, fondateur de Studio 6, dans un entretien accordé à Afrik.com.

Un marché en pleine expansion

Le lancement intervient dans un contexte particulièrement favorable. Les appareils audio destinés aux enfants connaissent une croissance rapide, portée par la volonté des parents de limiter le temps passé devant les écrans. Selon Growth Market Reports, le marché mondial des lecteurs de livres audio pour enfants, estimé à 1,42 milliard de dollars, devrait atteindre 3,88 milliards de dollars d'ici 2033, soit une progression annuelle moyenne de 11,8 %. Dataintelo évalue, de son côté, le segment spécifique des lecteurs audio sans écran à 1,12 milliard de dollars, avec une croissance attendue de 10,3 % par an.

La France illustre cette dynamique. Dominé par Lunii, Tonies et Merlin, le marché des boîtes à histoires représente désormais environ 30 millions d'euros, avec plus de 800 000 unités vendues chaque année, selon des données de 2023 rapportées par Livres Hebdo. Mais ces catalogues restent très largement centrés sur des références occidentales.

C'est précisément sur cette niche culturelle que Studio 6 entend bâtir sa différence. « Akissa est entièrement dédiée à l'Afrique, qui n'est pas du tout ou très peu couverte par les contenus de ces acteurs. Il y a un besoin réel aussi bien en Afrique francophone qu'anglophone », affirme l’auteur du long métrage d’animation ivoirien, Pokou, Princesse Ashanti.

Miser sur les contenus avant la technologie

L'idée ne date pas d'hier. Le projet a mûri pendant près de quatre ans avant d'être financé sur les fonds propres du studio. « Il est très difficile de faire financer les projets culturels dans le monde des start-up. Maintenant, parce que notre trésorerie nous permet de lancer une première version d’Akissa, le temps de montrer son potentiel à d’éventuels partenaires », explique son concepteur.

Si les premiers récits proviennent notamment de Pratham Books et de la productrice sénégalaise Aminata Khoussa, Studio 6 ambitionne d'élargir progressivement son catalogue grâce à des partenariats avec des éditeurs et créateurs africains.

L'entreprise envisage également une version destinée aux bibliothèques scolaires, convaincue que l'avenir du projet dépendra autant de sa diffusion dans les familles que de son intégration dans les établissements éducatifs. Derrière l'objet technologique se dessine ainsi une ambition plus large : faire des histoires africaines un patrimoine vivant, transmis aux enfants par des voix qui leur ressemblent.

Stéphane Alidjinou

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