(Agence Ecofin) - Au Sénégal, l’arachide constitue la principale culture de rente. Alors que Dakar développe sa politique en faveur de la transformation locale, le renforcement du tissu industriel est devenu une priorité dans une filière qui a longtemps été tournée vers l’exportation de la matière première.
Au Sénégal, la Société nationale de commercialisation des oléagineux (SONACOS), principal huilier du pays, prévoit l’installation prochaine d’un complexe industriel intégré de transformation d’arachide à Médina Yoro Foula, dans la région de Kolda. C’est ce qu’a révélé, le 11 septembre dernier, Cheikh Ahmed Tidiane Guèye, directeur général de l’entreprise publique, précisant que le projet devrait mobiliser 18 milliards FCFA (32 millions $).
Selon les informations relayées par les médias locaux, l’unité devrait couvrir plusieurs maillons de la chaîne de valeur, de la réception des graines à la commercialisation, en passant par la trituration ou encore le raffinage de l’huile brute. Pour l’heure, la date de démarrage des travaux et le calendrier de réalisation n’ont pas été précisés.
Un renforcement de la base industrielle qui se confirme
Le projet de Médina Yoro Foula s’inscrit dans la continuité des efforts engagés par le gouvernement pour renforcer les capacités de transformation locale de l’arachide à travers la SONACOS.
En octobre 2025, l’entreprise publique avait déjà annoncé la signature d’un protocole d’accord avec Focus Investment Group (FIG) pour l’installation d’une nouvelle unité industrielle dans la Zone économique spéciale de Touba. Le montant de l’investissement n’avait alors pas été communiqué.
Un mois plus tard, en novembre, le directeur général d’alors de la SONACOS, El Hadji Ndane Diagne, annonçait que l’entreprise avait obtenu de l’État, 25 milliards FCFA dans le cadre de la loi de finances 2026 pour renouveler ses infrastructures et ses usines existantes. Ces ressources doivent notamment permettre d’accroître la capacité de transformation de l’arachide produite au Sénégal.
Le projet industriel de Médina Yoro Foula, une fois opérationnel, devrait ajouter ainsi une nouvelle capacité au dispositif de la SONACOS, alors que l’entreprise est désormais appelée à absorber une plus grande part de la récolte d’arachide dans le cadre de la nouvelle politique de gestion de la filière. Pour le compte de la campagne de commercialisation de 2025/2026, le gouvernement avait par exemple relevé à 450 000 tonnes l’objectif de collecte de la SONACOS, contre 250 000 tonnes initialement.
Une politique de transformation locale qui se structure
Ces projets d’investissements annoncés par la SONACOS interviennent alors que Dakar cherche à mieux orienter la production nationale vers la transformation locale. Dans ce contexte, le gouvernement a par exemple décidé de suspendre temporairement, en novembre 2024, les exportations de graines d’arachide dans le cadre de la campagne de commercialisation 2024/2025, afin de sécuriser l’approvisionnement des huiliers et de favoriser la transformation locale.
Cette mesure marquait alors un tournant dans la gestion de la filière, jusque‑là fortement tournée vers l’exportation sous forme brute sur le marché international. L’ambition affichée est de donner la priorité à l’approvisionnement des transformateurs locaux avant la commercialisation d’éventuels excédents à l’export. Cette orientation s’est accompagnée d’une forte baisse des exportations de graines d’arachide en 2025, tandis que les expéditions d’huile brute ont nettement progressé.
D’après l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), le Sénégal a expédié seulement 1 393 tonnes d’arachides non grillés sur le marché international en 2025, contre 65 308 tonnes en 2024. Parallèlement, la filière sénégalaise a placé 22 441 tonnes d’huile brute d’arachide sur le marché international sur la même période, un volume presque trois fois plus élevé que celui expédié un an plus tôt (5 997 tonnes). Il représente en outre le plus gros volume d’huile brute d’arachide expédié par la filière sénégalaise depuis 2019, lorsqu’il s’élevait à 62 846 tonnes.
Même si les exportations d’arachide sont à nouveau autorisées depuis janvier 2026, le lancement, en août 2026, des travaux d’élaboration du premier Contrat-Programme consacré à la filière arachide et aux autres oléagineux pourrait contribuer à instaurer un cadre plus structuré pour les industriels. Le dispositif doit permettre selon les autorités de fixer, sur plusieurs années, des engagements entre l’État et les acteurs de la filière afin d’améliorer la collecte industrielle, la viabilité des huileries et le niveau de transformation locale.
Stéphanas Assocle
Édité par Wilfried ASSOGBA
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