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En Afrique de l'Est, le transport électrique gagne ses premiers corridors 

En Afrique de l'Est, le transport électrique gagne ses premiers corridors 
  • Date de création: 14 septembre 2026 12:44

(Agence Ecofin) - En Afrique, l’électrification du transport public prends de plus en plus de place dans les stratégies de mobilité urbaine. Portée par des financements publics croissants et des décisions gouvernementales, elle remodèle progressivement les réseaux du continent.

Dans le cadre du Nordic-Africa EV Summit, qui s’ouvre ce lundi 14 septembre au Science Museum d’Addis Abeba, Kenya Power a annoncé sa collaboration avec Advanced Mobility Africa et BasiGo pour assurer un relais de bus électrique entre Nairobi et la capitale éthiopienne. Ce trajet de 1 600 kilomètres est présenté comme le premier assuré par un véhicule de ligne sur cette liaison. 

La start- up kényane spécialiste de la propulsion verte affirme avoir mobilisé un bus assemblé à Thika. Le distributeur public kényan est chargé d’installer les équipements de recharge tout au long de la route. Le parcours fait suite à une première tentative lancée un an plus tôt sur le même corridor.

En 2025, un convoi de voitures électriques avait ouvert la voie sur ce tronçon. Assurer une opération régulière relève d’une autre logique. Il faut transporter des passagers, tenir un horaire et s’appuyer sur des stations. Or cet itinéraire n’en possède pas encore. Ce n’est pas tant la faisabilité technique qui est en jeu. C’est la capacité de deux pays à s’organiser pour faire rouler une liaison propre au-delà de leur frontière. Mais en la matière, la sous-région est-africaine ne part pas de rien.

Quand la route devient un laboratoire

Chacun des pays concernés a déjà engagé sa propre bascule. En 2024, l’Éthiopie a ouvert la marche en interdisant l’importation de véhicules à carburant. Le pays est le premier au monde à avoir franchi ce cap. La décision tenait à une double urgence. Le pays consacrait chaque année environ 447 millions USD en subventions aux carburants fossiles. Il produit par ailleurs 90 % de son électricité à partir de ses cours d’eau. Le virage électrique s’y imposait d’autant plus naturellement.

Addis Abeba aligne déjà 110 bus électriques en service et a déployé environ 100 points de charge publics. Une voie dédiée aux déplacements urbains sur 15,3 km est en construction. Financée à hauteur de 87 millions d’euros, soit environ 100,4 millions USD, par l’Agence française de développement (AFD), elle doit ouvrir en 2027. L’objectif national porte sur 2 230 points de charge et 500 000 véhicules électriques d’ici 2030.

Plus à l’ouest, Nairobi prépare un chantier de même nature, doté de 377 millions USD. Ces fonds ont été levés auprès de l’Union européenne, de la Banque européenne d’investissement (BEI) et de l’AFD. Le parc national a triplé en deux ans. Il est passé de 2 694 exemplaires en 2023 à 9 047 en mai 2025. En Tanzanie, Dar es Salaam a bâti un réseau de bus rapide couvrant 64,8 km. Sa deuxième phase, démarrée en 2025, devrait accueillir 3 millions de voyageurs par jour.

Le corridor transfrontalier, prochaine frontière de la transition

Ces avancées dessinent un mouvement qui déborde désormais les limites de l’Afrique de l’Est. En avril 2026, un convoi électrique a relié Lobito, en Angola, à Lusaka, en Zambie, sur 2 440 km. Sur le continent, plus de 200 entreprises de mobilité électrique sont aujourd’hui actives. Le segment des bus y affiche une croissance de 44 % par an. 

Le forum nordico-africain lui-même témoigne de cette montée en puissance. Il se tient dans la ville, sous l’égide des quatre ambassades nordiques. Suède, Norvège, Finlande et Danemark en assurent le patronage diplomatique. L’Union africaine et la GIZ (Coopération allemande) figurent parmi ses partenaires. Cette coalition signale que la transition africaine est passée du stade expérimental à celui des enjeux stratégiques.

Reste à régler ce que les programmes nationaux n’ont pas encore résolu. Exploiter un bus entre deux États exige un accord sur le matériel à installer et les procédures aux frontières. La répartition des responsabilités entre opérateurs n’a jamais été négociée à cette échelle. C’est dans ce contexte que Kenya Power s’aventure sur un terrain inédit. La compagnie nationale a multiplié ses recettes de recharge par 113 en trois ans. Le constructeur basé à Nairobi, qui vise 1 000 bus d’ici 2027, y voit une vitrine continentale.

Qu’il réussisse ou trébuche, ce voyage dira à la sous-région ce qu’il lui reste à bâtir.

Félicien Houindo Lokossou

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