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De Washington à Dubaï, la nouvelle attractivité du cobalt artisanal congolais

De Washington à Dubaï, la nouvelle attractivité du cobalt artisanal congolais
  • Date de création: 14 septembre 2026 08:25

(Agence Ecofin) - Compte tenu de son rôle dans la chimie de certaines batteries pour véhicules électriques, le cobalt figure parmi les minerais dont l’approvisionnement est stratégique à l’échelle mondiale. Une situation qui place parallèlement la République démocratique du Congo au cœur de ces dynamiques.

En quête de sources d’approvisionnement en cobalt, la société de négoce turque BGN a jeté son dévolu sur la République démocratique du Congo (RDC). Selon des informations rapportées par Reuters le vendredi 11 septembre, citant des sources proches du dossier, l’entreprise serait en discussions avec plusieurs sociétés présentes dans le pays, dont l’entité publique Entreprise Générale du Cobalt (EGC). Un cas qui illustre l’intérêt croissant pour l’offre issue de l’exploitation artisanale dans ce pôle majeur de la production mondiale de cobalt.

Mercuria et Trafigura déjà dans le train

Métal essentiel à la fabrication de batteries pour véhicules électriques et appareils portables, le cobalt est encore largement produit en RDC. Le pays fournit plus de 70 % de l’offre mondiale, avec des apports à la fois de grandes sociétés industrielles comme le groupe chinois CMOC et de mineurs artisanaux. C’est à ce dernier sous-segment qu’est rattachée l’Entreprise Générale du Cobalt (EGC) depuis sa création en 2019, en tant que seule entité autorisée à acheter, traiter et exporter le cobalt issu des mines artisanales. Une offre qui suscite depuis plusieurs mois l’intérêt de sociétés de négoce internationales comme Mercuria et Trafigura.

Le 9 février dernier, les deux groupes ont successivement annoncé la conclusion d’un accord avec EGC pour une première livraison de cuivre et de cobalt destinée aux marchés mondiaux. Les États-Unis figuraient alors parmi les marchés d’exportation ciblés, aux côtés d’autres destinations comme les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite. En mai, une nouvelle initiative impliquant également Trafigura et la société EVelution Energy a été annoncée en vue d’établir une chaîne d’approvisionnement en cobalt entre les États-Unis et la RDC, avec l’appui de l’offre d’EGC. Le dispositif pourrait à terme couvrir jusqu’à environ 40 % de la demande américaine grâce au cobalt artisanal congolais.

Bien qu’encore non officielles, les nouvelles informations reliant EGC à BGN pourraient prolonger cette dynamique. Elles interviennent alors que la société de négoce cherche depuis l’an dernier à étendre ses activités aux métaux essentiels à la transition énergétique. Selon son site web, BGN dispose notamment d’une présence aux États-Unis, via la place commerciale de Houston, ainsi qu’à Genève, Dubaï et Singapour.

Un contexte plus favorable

Les derniers développements autour du cobalt artisanal congolais surviennent après plusieurs années difficiles pour EGC dans l’exécution de son mandat. Entre blocages institutionnels et difficultés à acheter le minerai auprès des mineurs, les efforts de formalisation du secteur n’ont pas produit les résultats escomptés durant les premières années suivant sa création. Cette situation s’est accompagnée d’un net recul de la production artisanale, dont la contribution à l’offre nationale était historiquement estimée à au moins 15 %. En mai 2025, le Cobalt Institute indiquait toutefois que cette part était tombée à 2 % en 2024, un niveau historiquement bas, sur fond de baisse prolongée des prix, elle-même entraînée par une offre mondiale excédentaire.

La situation a toutefois évolué l’an dernier, avec les mesures restrictives prises par Kinshasa sur les exportations de cobalt et la remontée des prix, passés de 21 000 USD la tonne en février 2025 à 41 850 USD le 13 septembre 2026 sur le London Metal Exchange (LME). Ces conditions de marché ont coïncidé avec une accélération des initiatives d’EGC. En novembre 2025, la société annonçait ainsi avoir produit 1 000 tonnes de cobalt traçable issu du segment artisanal, une première depuis sa création. Dans une interview accordée à l’Agence Ecofin, Eric Kalala, directeur général d’EGC, indiquait par ailleurs viser 5 000 tonnes d’équivalent métal de cobalt cette année.

C’est dans ce contexte de progression graduelle des activités d’EGC que s’inscrivent les différents intérêts manifestés autour de son offre. Reste à voir comment ils se traduiront concrètement dans les prochains mois, notamment pour les partenariats déjà annoncés et ceux qui pourraient encore s’ajouter. L’évolution du marché pourrait également peser sur cette dynamique. Après plusieurs années de surplus, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) anticipe une bascule du marché en situation déficitaire dès 2026, en raison de l’offre restreinte provenant de la RDC dans le cadre du système de quotas en vigueur.

Mais derrière cette attractivité, c’est aussi la situation des millions de Congolais qui dépendent de l’extraction artisanale de cobalt qui est en jeu. La question sera notamment de savoir dans quelle mesure cette évolution profitera aux mineurs, à travers une amélioration de leurs conditions de vie et de travail. Un enjeu déjà soulevé par le Cobalt Institute en 2025. « Bien que l’exploitation minière artisanale soit étroitement liée à la pauvreté et à la corruption, elle constitue pour beaucoup la seule opportunité d’emploi viable dans la région. L’enjeu n’est pas de l’éliminer, mais de la rendre équitable, sûre et exempte de violations des droits humains », indiquait alors l’entité.

Aurel Sèdjro Houenou

Lire aussi :

14/05/2026 - Cobalt : l’offre artisanale congolaise ciblée pour couvrir 40 % de la demande américaine

24/07/2026 - Cobalt : derrière la menace de déficit en 2026, le pari stratégique de la RDC

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