(Agence Ecofin) - Au Nigeria, l’élevage contribue à hauteur de 6 % au PIB et représente près de 25 % du PIB agricole. Alors qu’Abuja veut améliorer la productivité du secteur, notamment dans l’élevage bovin, la demande en alimentation animale pourrait progresser.
Au Nigeria l’agroindustriel singapourien Olam Agri vient de se lancer dans la nutrition des ruminants. Dans un communiqué publié le 11 septembre dernier, l’entreprise a annoncé la mise sur le marché de Tru-Value, sa première gamme d’aliments pour bovins.
Cette nouvelle offre marque une évolution de son activité Integrated Feed & Protein (IFP), jusque-là concentrée sur la volaille et l’aquaculture. Lancée dans l’État de Kaduna, elle comprend trois produits destinés respectivement à l’engraissement des bovins, à leur finition et à l’amélioration de la production laitière.
Il faut noter que, dans le pays le plus peuplé d’Afrique, Olam Agri revendique l’exploitation de deux installations de production dans l’État de Kwara, qui disposent respectivement d’une capacité de production de 800 000 tonnes d’aliments pour volailles et de plus de 150 000 tonnes d’aliments pour poissons par an.
Pourquoi maintenant ?
L’entrée d’Olam sur le segment des aliments pour ruminants intervient alors que le Nigeria cherche à accroître la productivité de son élevage et à développer des systèmes de production davantage commerciaux. Cette transformation devrait notamment soutenir les activités d’engraissement et la production laitière. Abuja affirme par exemple, depuis 2025, son intention de doubler la production laitière nationale pour la porter à près de 1,4 million de tonnes d’ici 2030.
Cette ambition se heurte toutefois à un déficit déjà important de ressources alimentaires. Le Plan directeur de l’élevage du Nigeria 2026-2040, élaboré par le ministère fédéral du Développement de l’élevage avec l’International Livestock Research Institute (ILRI) et adopté en avril 2026, estime que le pays dispose chaque année d’environ 194,7 millions de tonnes de matière sèche, contre des besoins évalués à 212,4 millions de tonnes.
Le déficit atteint ainsi 8,33 % des besoins nationaux. Le problème ne porte cependant pas seulement sur les volumes disponibles. Le document souligne également qu’une partie importante de la biomasse disponible présente une faible teneur en énergie métabolisable, ce qui réduit sa valeur nutritionnelle pour les animaux.
La situation est encore plus tendue dans la zone agroécologique de savane sèche, qui concentre 53 % du cheptel de ruminants du pays à travers 13 États, dont Sokoto, Kebbi, Zamfara ou encore Katsina. Cette zone affiche un déficit de 44,7 millions de tonnes de matière sèche, soit 37 % de ses besoins, en raison de la forte saisonnalité des ressources fourragères et de la dépendance aux fourrages de saison sèche à faible valeur énergétique.
Cette contrainte intervient alors même que le cheptel devrait continuer à progresser. Selon les projections du Plan directeur, le nombre de bovins devrait atteindre 75 millions de têtes en 2040, contre environ 61 millions durant l’année de référence, soit une hausse d’environ 22 %. Les populations de moutons et de chèvres devraient également augmenter respectivement de près de 59 % et 42 %, pour atteindre 110 millions et 199 millions de têtes à l’horizon 2040.
Un marché appelé à changer d’échelle
Cette évolution du cheptel devrait contribuer à accroître les besoins en alimentation animale, alors même que l’offre actuelle reste déficitaire. Pour Olam Agri, elle offre un débouché potentiel à une activité qu’il peut développer en s’appuyant sur ses infrastructures, son réseau de distribution et son accès aux matières premières.
L’enjeu sera toutefois de convertir ce déficit alimentaire en demande pour des aliments industriels. Une large partie de l’élevage nigérian reste dépendante des pâturages et des ressources fourragères locales. L’adoption de produits commerciaux dépendra de leur prix, de leur disponibilité et des gains de productivité qu’ils permettent d’obtenir.
Pour Olam Agri, le lancement de Tru-Value constitue ainsi une première incursion dans un segment appelé à prendre de l’importance avec l’augmentation du cheptel et la modernisation de l’élevage.
Stéphanas Assocle
Édité par Wilfried ASSOGBA
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