(Agence Ecofin) - Chaque année, la Chambre de commerce d’Hollywood décerne une étoile sur la Walk of Fame à des icônes des arts et du divertissement dans six grandes catégories. Une reconnaissance suivie d’une étoile en terrazzo incrustée sur le Hollywood Boulevard, à Los Angeles.
Alors qu’elle poursuit la tournée à l’occasion de ses 40 ans de carrière, la chanteuse béninoise, Angélique Kidjo (photo), brise un nouveau plafond de verre ; bien avant tous les musiciens et chanteurs africains. Parmi les 35 personnalités dont les étoiles seront dévoilées le mardi 18 août, figurent Deepika Padukone, première actrice indienne et Angélique Kpasseloko Hinto Hounsinou Kandjo Manta Zogbin Kidjo, de son nom complet.
« L’art extraordinaire d’Angélique Kidjo et son influence mondiale ont inspiré des générations et des continents entiers. Nous sommes fiers de lui rendre hommage en tant que première artiste africaine à recevoir une étoile sur le Hollywood Walk of Fame, en reconnaissance de sa contribution remarquable à la musique et à la culture dans le monde entier », a déclaré Ana Martinez, productrice du Walk of Fame.
Selon le site walkoffame.com, la native de Ouidah, dans le sud du Bénin, recevra la 2854e étoile sur le « trottoir des légendes », au 7011 Hollywood Boulevard dans la catégorie « Recording », consacrée à la musique.
Une absence qui interroge
Depuis l’inauguration du Walk of Fame et l’attribution de la première étoile à l’actrice américaine Joanne Woodward en 1960, aucun musicien africain n’a goûté à ce plaisir, ne serait-ce qu’à titre posthume.
Si les actrices sud-africaine et kényane Charlize Theron et Lupita Nyong'o ont reçu respectivement en 2005 et 2019 une étoile chacune sur la célèbre avenue, quid du florilège de musiciens et chanteurs du continent ?
Miriam Makeba, Manu Dibango, Césaria Évora, Oum Kalsoum, Oumou Sangaré, Ali Farka Touré, Salif Keïta, Youssou N’dour, Koffi Olomide, Papa Wemba...que s’est-il passé ?
Le retard dans la reconnaissance d’un chanteur ou chanteuse africain(e) sur le Hollywood Walk of Fame s’expliquerait par la combinaison de critères très sélectifs, d’un système de nomination centré sur l’industrie américaine, et d’une sous‑représentation historique des artistes africains dans les circuits hollywoodiens.

Charlize Theron
Une sélection réputée draconienne et onéreuse
La Chambre de commerce d’Hollywood reçoit annuellement entre 200 et 300 candidatures, mais entre 25 et 30 personnalités sont retenues par le Comité d’organisation, informe le Guide 2026 de Hollywood Walk of Fame. À titre illustratif, à propos de la promotion 2027, 32 lauréats ont été annoncés le jeudi 23 juillet, parmi des centaines de prétendants, rapporte le site officiel de l’institution hollywoodienne sans préciser le nombre exact.
La fourchette globale du taux de succès se situe alors entre 8,3 % et 15 % des postulants. Autrement dit, moins d’une sur dix si l’on prend la borne supérieure (300), et à peine une sur huit si l’on prend la borne inférieure (200).
L’obtention d’une étoile passe par une candidature portée par un parrain, qui peut être un fan, un confrère ou une organisation du milieu du divertissement. Le candidat doit également avoir marqué de manière significative l’univers du spectacle par son parcours et ses contributions.
En effet, les candidats doivent justifier d’au moins cinq années de carrière attestée et confirmer leur présence lors de la cérémonie.
Une fois retenue, l’artiste doit s’acquitter d’un parrainage de 75 000 $, soit près de 42 millions FCFA couvrant la création, la pose et l’entretien permanent de l’étoile.
Toutefois, cette somme peut paraître modeste pour des stars en vogue à l’instar de Davido dont les revenus annuels sont estimés à environ 20 millions $ en 2023 selon Forbes.

Une distinction avant tout américaine
« La mission de la Chambre de commerce d’Hollywood est de promouvoir et de renforcer le bien-être commercial, culturel et civique d’Hollywood », peut-on lire sur le site web de l’institution.
Ainsi, on peut comprendre que le Walk of Fame a été conçu à l’origine comme un outil de promotion et d’attractivité d’Hollywood. Il est donc bien d’abord et avant tout une distinction institutionnelle hollywoodienne et américaine, avant d’être un prix international destiné à représenter équitablement les industries culturelles du monde.
Cette orientation suppose que seuls les artistes africains qui ont un ancrage solide au sein de l’industrie créative américaine ont une chance d’être sélectionnés.
L’opacité des circuits hollywoodiens
La sous-représentation historique des artistes africains et, plus largement, des professionnels noirs dans l'industrie hollywoodienne, où l'accès aux rôles, aux grandes productions et aux principaux réseaux de décision est longtemps resté fortement inégalitaire, explique bien le phénomène.
La sociologue Maryann Erigha examine les mécanismes de cette restriction dans son ouvrage The Hollywood Jim Crow: The Racial Politics of the Movie Industry, paru en 2019.
Pour les Africains, l’équation s’avère plus difficile à résoudre dans le contexte où l’accès aux réseaux professionnels reste quasiment impossible sans connexion avec les grandes agences, rapporte une étude de l’Université de Californie, Los Angeles.
L’étude développe le fait qu’il existe un écosystème de sélection et de valorisation englobant : studios, producteurs, agences de talents, distributeurs, médias, récompenses et lobbyings professionnels, dont les motivations varient au gré des intérêts.
L’Afrique attend, Kidjo brille
Au regard de toutes ces embûches qui entravent le chemin vers le couronnement par une étoile, la tâche reste ardue pour les artistes et les gens du divertissement du continent. Angélique Kidjo mérite amplement cette reconnaissance tardive mais symbolique eu égard à ses 5 Grammy Awards, son statut d’ambassadrice de l’UNICEF, ses 4 décennies de carrière et ses millions d’albums vendus sur les cinq continents. En 2021, le magazine Time l’a inscrite sur la liste des 100 personnalités les plus influentes, aux côtés de leaders politiques et scientifiques.

Ubrick F. Quenum
Edité par M.F. Vahid Codjia
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