(Agence Ecofin) - Correspondant de RFI au Cameroun, Polycarpe Essomba présente à l’agence Ecofin les spécificités de la chaîne radio panafricaine qu’il compte lancer le 17 septembre prochain à partir de Yaoundé au Cameroun.
Agence Ecofin : Vous travaillez depuis quelques années sur un projet de radio. Quand comptez-vous lancer votre radio au Cameroun ?
Polycarpe Essomba : Afrik2 sera lancée dans deux mois, le 17 septembre 2014 précisément.
AE : Afrik2 sera-t-elle une radio thématique ou généraliste ?
PE : Afrik2 sera une radio d'informations en continu, mais avec tout de même avec une bonne dose de divertissement. Je peux résumer que nous serons au Cameroun les précurseurs de l'infotainment. Ce concept consiste à donner l'info tout en divertissant. Cela appelle des aptitudes technico-artistiques et rédactionnelles que nous pensons avoir. Nous avons fait ce choix après une observation minutieuse de l'offre des radios aujourd'hui, aussi bien à Yaoundé qu'à Douala. Aussi, il y apparait comme une impression de saturation. Mais à y regarder de près, vous constaterez que ces radios font quasiment la même chose. Elles se sont toutes construites, à quelque chose près, sur le modèle initié par la FM 94, première radio Fm du pays. Le découpage des tranches et les contenus sont souvent les mêmes. Nous voulons nous inscrire en rupture de cette pratique, autant dans la forme que le fond.
AE :Pourquoi la dénomination Afrik2 ?
PE : Dans la dénomination Afrik2 vous avez toute la charge idéologique et éditoriale qui nous anime. Une radio dédiée à une Afrique conquérante et fière... Nous souhaitons contribuer à forger une autre mentalité chez les Africains. Le chiffre 2 symbolisant ici une nouvelle génération de jeunes professionnels africains formés aux métiers de la communication et qui entendent promouvoir cette Afrique que projettent nos imaginations.
AE : En la dénommant Afrik2, on a l'impression que vous ciblez un public large, panafricain…
PE : Oui. Nous ciblons effectivement un public large à travers le continent. Notre offre de programmes va épouser autant que faire se pourra cette ambition. Nous sommes pour cela en train de construire notre réseau de correspondants, de manière à avoir des productions propres sur les pays ou l’histoire du continent s'écrit. Nous voulons coller à l'actualité de l'Afrique, raconter les tribulations qui travaillent nos peuples, être témoins des efforts des hommes et femmes qui travaillent à lui conférer un autre destin. Notre cible c'est la classe moyenne africaine.
Nous venons enrichir un paysage audiovisuel déjà passablement encombré, mais qui, de toute évidence, ne comble pas les besoins d'information de l'opinion. Nos priorités résident dans le confort d'écoute qui implique lui-même un plateau technique de pointe, une tenue d'antenne irréprochable et un management efficient. Nous ambitionnons en somme de construire, sous nos latitudes, une antenne qui se rapproche des standards internationaux.
AE :Quelle sera l’étendue de la couverture du signal d’Afrik2 ?
PE : Le signal d’Afrik2 sera disponible à Yaoundé et à Douala. A Yaoundé, nous émettons déjà sur la bande FM 105.0. Ensuite, nous allons nous étendre progressivement dans les capitales des pays de la sous-région Afrique centrale. Notamment au Gabon, En Guinée équatoriale, au Tchad, etc. Il faut noter qu’il y aura la possibilité de nous écouter en streaming sur Internet. Nous avons investi dans ce sens. Nous sommes en train de nous doter d’une flotte Internet qui nous permettra d’être écoutés partout dans le monde à travers Internet.
AE : Disposez-vous d'un partenaire financier pour le lancement de vos activités ou ce sont vos économies personnelles que vous mettez en jeu ?
PE : J'ai réuni autour de moi un pool d'investisseurs qui ont cru en la pertinence et en la viabilité de ce projet, malgré l'environnement extrêmement difficile dans lequel nous nous mouvons. J'y ai naturellement aussi engagé mes économies. Je précise que nous avons mis un point d'honneur à éviter des financements qui proviendraient des acteurs politiques et autres lobbies ou groupes de pression en vue de garantir l'indépendance de notre ligne éditoriale. Nous avons un projet totalement dédié à la pratique noble du journalisme.
AE : Avez-vous débauché dans les rédactions de la place ?
PE : Nous commençons avec une jeune équipe de 20 collaborateurs et une dizaine de correspondants. Le siège de la radio est à Yaoundé. Nous n'avons pas eu besoin de débaucher, mais quelques signatures de radio affirmées sont spontanément venues à nous. Puisque vous demandez des noms je peux citer Francis Laplage qui justifie de près d'une quinzaine d'années d’expérience et qui a récemment été le présentateur de la superbe production Guinness Football Challenge, Serge Tamba, dont le timbre vocal est familier aux auditeurs de Yaoundé, Martin Désire Brouta, l'un des pionniers des années fastes de radio Siantou, Paulin Mballa qui officie en ce moment sur Vox Africa et qui est l'une des valeurs montantes du paysage audiovisuel local, Auréole Tchoumi que j'ai personnellement encadré à Equinoxe TV et qui a laissé entrevoir beaucoup de promesses, tout comme Suzanne Mengue Zang. La liste n'est pas exhaustive. Nous avons aussi donné la chance à une dizaine d'autres jeunes issus de nos écoles de formation en journalisme. L'organigramme de la chaine n'est pas encore public. Permettez-moi de ne rien en dévoiler pour l'instant.
AE : Après avoir quitté le Cameroun, vous êtes allé aux Etats-Unis. Racontez-nous votre séjour là-bas et ce que vous y faisiez...
PE : J'ai effectivement séjourné aux USA après mon départ du Cameroun. Je voulais, par ce lointain retrait, me mettre un peu à l'écart des projecteurs de la scène médiatique locale. J'y ai peaufiné les aspects conceptuels du projet Afrik2. J'ai aussi contribué à certains projets éditoriaux promus par des Camerounais et d'autres Africains là-bas. J'ai ainsi des participations dans un site d'informations on-line basé à Washington DC. Je ne me suis pas du tout ennuyé, mais j'ai préféré capter l'énergie créatrice du peuple américain pour la traduire en projet éditorial dont je suis convaincu de la pertinence pour notre environnement.
AE : En deux mots, présentez-nous votre parcours professionnel...
PE : Mon histoire d'amour avec la presse a commencé il y a 13 ans, dans la salle de rédaction de Radio Siantou à Yaoundé, alors que j'étais étudiant en Histoire à l’Université de Yaoundé I. Quatre ans plus tard j'étais de la première équipe de journalistes appelés à lancer Equinoxe Télévision. J'y ai été rédacteur en chef en même temps que commençait ma collaboration avec RFI comme correspondant à Douala. Aujourd'hui, après avoir fait mes classes et attendu patiemment dans l'ombre d'Emmanuel d'Abzac et de Sarah Sakoh, je viens d'être confirmé correspondant de RFI au Cameroun.
AE : Comment envisagez-vous travailler pour RFI et gérer en même temps une entreprise au Cameroun, sachant qu'une entreprise travaille pour sa rentabilité ?
PE : Sur le cas RFI, je souhaite juste indiquer qu'il n'y a pas incompatibilité à être correspondant et promoteur d'une antenne de radio. D'autres collègues sur le continent, à l'instar de Moussa Kaka au Niger et d'autres m'ont précédé dans cette démarche. Je reste reporter de RFI et continuerai à faire de l'antenne dans le respect des règles édictées par la direction de l'information à Paris.
Propos recueillis par Beaugas-Orain Djoyum

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