(Agence Ecofin) - La législation européenne sur les matières premières et produits dérivés veut mettre fin aux 10 % de la déforestation mondiale alimentée par la consommation de produits importés par l'UE. A quelques mois de son application, cette réglementation suscite encore des remous.
Mondelez, l’un des plus grands acheteurs mondiaux de cacao a intensifié ses efforts de lobbying afin d’affaiblir le règlement européen sur les produits sans déforestation (EUDR) devant entrer en vigueur fin décembre après deux reports. C’est ce qu’indique une enquête publiée le mardi 8 septembre par l’ONG britannique Global Witness.
Adopté en 2023, l’EUDR impose aux entreprises commercialisant certaines matières premières — dont le cacao, le café, le soja, le caoutchouc, le bois, le bétail et l’huile de palme — de démontrer que les produits vendus sur le marché européen ne proviennent pas de terres déboisées après le 31 décembre 2020. Pour le cacao, cette loi exige notamment une géolocalisation des parcelles, une traçabilité renforcée et une déclaration de diligence raisonnée avant l’importation des fèves ou des produits dérivés.
Si selon Global Witness, le fabricant du chocolat Toblerone avait auparavant soutenu l’adoption d’un cadre européen harmonisé de diligence raisonnable contre la déforestation, le groupe a opéré un virement en juillet 2025, demandant un second report de douze mois en mettant en avant le fait que les producteurs de cacao n’étaient pas suffisamment préparés.
De manière pratique sur le terrain, l’ONG indique la multinationale américaine aurait rencontré régulièrement des responsables européens et des élus influents, notamment des parlementaires allemands du Parti populaire européen (PPE), formation de centre droit qui a défendu plusieurs amendements visant à alléger ou retarder l’EUDR. Elle cite des rencontres avec Norbert Lins, vice-président et ancien président de la commission Agriculture du Parlement européen, Christine Schneider, rapporteure du PPE sur le dossier, et l’eurodéputé danois Asger Christensen.
L’enquête recense également des démarches de lobbying en France, en Allemagne, en Irlande et au Luxembourg et révèle qu’au total, Mondelez aurait dépensé entre 1,2 million et 1,5 million d’euros dans le lobbying auprès des institutions européennes depuis l’adoption de l’EUDR. Au-delà de l’Europe, Global Witness souligne que le groupe a mené également des campagnes auprès de responsables américains pour retarder ou assouplir le texte.
« Fin juin 2026, Dick Van de Put, directeur général de Mondelez, a obtenu une rencontre avec Andrew Puzder, le représentant de Donald Trump à Bruxelles. Cet entretien constitue le dernier épisode des échanges continus entre Mondelez et l’administration américaine. Andrew Puzder a été nommé par Donald Trump ambassadeur des USA auprès de l’UE et a pris ses fonctions en août 2025. Proche allié de Trump, il aurait, avec son épouse, versé 332 000 dollars à la campagne présidentielle de ce dernier en 2016. […] Le lendemain de sa rencontre avec Mondelez, Andrew Puzder a publié une longue tribune dans Agence Europe, dans laquelle il appelait à de nouvelles ‘’simplifications’’ majeures du règlement », indique l’ONG.
Un débat crucial
Si jusqu’ici, la compagnie américaine n’a pas encore réagit face aux accusations de Global Witness, l’entreprise a toujours clamé sur ces dernières années, son engagement en faveur d’un approvisionnement plus durable en cacao. Mondelez met en avant son rôle de membre fondateur de la Cocoa & Forests Initiative, un partenariat fondé en 2017 et réunissant entreprises, gouvernements et organisations de la société civile pour lutter contre la déforestation liée au cacao ainsi que son programme Cocoa Life, lancé en 2012 et doté de 1 milliard USD sur la période 2012-2030.
Déployé dans huit pays producteurs, dont la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Nigeria et le Cameroun, le programme vise à promouvoir des pratiques agricoles plus durables, à soutenir les communautés cacaoyères et à renforcer la traçabilité des approvisionnements. Dans son dernier rapport « Snacking Made Right », le groupe affirme avoir atteint en 2025 son objectif de couvrir environ 100% des volumes de cacao utilisés pour ses activités chocolatées via Cocoa Life qui se base désormais sur plus de 257 000 producteurs enregistrés.
Plus globalement, la controverse autour de Mondelez révèle surtout l’affrontement entre deux conceptions de la responsabilité des chaînes d’approvisionnement. D’un côté, les organisations environnementales demandent une application rapide et contraignante afin de mettre fin à la déforestation liée au cacao. De l’autre, les entreprises et certains gouvernements soulignent les coûts de mise en conformité, les lacunes de traçabilité et le risque d’exclure les petits planteurs des marchés européens.
Espoir Olodo
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