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Comment s'agrandissent les réseaux routiers africains : le cas du Ghana

Comment s'agrandissent les réseaux routiers africains : le cas du Ghana
  • Date de création: 11 septembre 2026 09:41

(Agence Ecofin) - Au Ghana, la route constitue l’épine dorsale du système de transport, assurant environ 95 % des déplacements de passagers et de marchandises. Alors que l’économie amorce une reprise, avec une croissance du PIB de 6 % en 2025, le pays reste confronté à un déficit d’infrastructures qui pèse sur la mobilité et les échanges. 

Le réseau routier ghanéen s’est renforcé ces dernières années. Selon les données du ministère des Routes et de la Voirie et du ministère des Finances, reprises dans la 10ᵉ édition du Ghana Economic Update publiée fin août par la Banque mondiale, le réseau recensé est passé d’environ 78 400 km en 2017 à 94 203 km en 2024, soit plus de 15 000 km supplémentaires. 

L’augmentation du kilométrage ne correspond pas cependant entièrement à la construction de nouvelles infrastructures. Les données disponibles indiquent que moins de 1 000 km de nouvelles routes ont été construits sur la période considérée, tandis que plusieurs milliers de kilomètres ont fait l’objet de travaux de gravillonnage, de resurfaçage, de réhabilitation ou de modernisation. Une partie de la progression statistique s’explique ainsi par la reclassification de routes existantes.

Un réseau encore largement non revêtu 

L’augmentation du kilométrage ne s’est pas traduite par une amélioration équivalente de la qualité du réseau. Environ 73 % des routes restent non revêtues, principalement en gravier ou en terre, avec une accessibilité qui peut se dégrader pendant la saison des pluies.

A fin 2024, seuls 27 % du réseau étaient revêtus. La part des routes considérées comme étant en bon état atteignait 47 %, contre 41 % en 2021. Cette moyenne masque toutefois d’importantes disparités. Seuls 35 % des axes principaux étaient jugés en bon état, tandis que 64 % des routes urbaines et 65 % des routes de desserte étaient classées dans un état moyen ou mauvais.

Ces performances restent inférieures à l’objectif fixé par le gouvernement pour 2021-2025, qui visait à porter à 60 % la proportion des routes en bon état. 

Le challenge du financement de l’entretien

Pour le Ghana, l’enjeu ne consiste donc pas uniquement à accroître ou moderniser son réseau, mais également à préserver les infrastructures existantes. Or, les ressources consacrées à l’entretien restent en deçà des besoins.

Entre 2018 et 2021, le Road Fund n’a couvert que 45 % des besoins d’entretien, contre un objectif de 65 % dans le scénario budgétaire à moyen terme du MRH. Cette proportion est tombée à 37 % en 2024. La situation est notamment liée à l’évolution des principales sources de recettes du fonds. Les taxes sur les carburants, qui représentent environ 90 % de ses revenus, sont restées gelées en valeur nominale depuis 2020. À cela s’ajoute la suspension des péages routiers fin 2021, qui a réduit une autre source de financement de l’entretien. 

Pour les seules routes principales, dont la valeur de remplacement est estimée à environ 10 milliards USD, les besoins annuels d’entretien atteindraient 685 millions USD, soit 0,83 % du PIB. 

La route absorbe une pression croissante 

Cette contrainte financière intervient alors que le réseau routier supporte une part particulièrement importante des déplacements et du fret. Le recul du transport ferroviaire a également réduit les possibilités de report vers d’autres modes.

Le réseau ferroviaire opérationnel, qui atteignait 947 km en 1960, ne comptait plus que 160 km en 2020, selon les données citées dans le rapport. Sur la même période, la part de la population ayant accès au train est passée de 29,6 % à 0,6 %. Ce recul a notamment limité la capacité du rail à absorber une partie du transport de fret lourd, contribuant à maintenir une forte pression sur le réseau routier.

Cette dépendance a un coût économique. Les accidents de la route représentent environ 2,1 % du PIB chaque année, soit près de 4,55 milliards USD. Dans les grandes agglomérations, notamment Accra et Kumasi, la congestion génère pour sa part un coût annuel estimé à 4,5 milliards de cedis (environ 392,9 millions USD), en raison notamment de l’allongement des temps de déplacement et de ses effets sur l’activité économique.

Le « Big Push » pour rattraper le déficit d’infrastructures 

Face à ces contraintes, le gouvernement entend accélérer les investissements. Le budget 2026 prévoit environ 2,2 milliards USD dans le cadre du programme « Big Push », destiné notamment à financer des projets prioritaires de routes et de ponts.

A plus long terme, le programme doit mobiliser une enveloppe globale de 10 milliards USD pour renforcer les infrastructures du pays, dont le réseau routier constitue l’un des principaux volets. 

L’effort d’investissement devrait permettre de poursuivre la réhabilitation et la modernisation des axes prioritaires. Mais son impact dépendra aussi de la capacité du pays à assurer le financement de leur entretien dans la durée. 

Henoc Dossa 

Edité par : Feriol Bewa

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