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Nigeria : le régulateur menace de retirer les sites de gaz torché aux investisseurs inactifs

Nigeria : le régulateur menace de retirer les sites de gaz torché aux investisseurs inactifs
  • Date de création: 11 septembre 2026 07:01

(Agence Ecofin) - Le Nigeria cherche à transformer une ressource longtemps gaspillée en levier de production, alors que le torchage continue de représenter un manque à gagner économique et un enjeu environnemental majeur.

Au Nigeria, les investisseurs ayant obtenu l’attribution de sites pour valoriser le gaz torché devront désormais démontrer l’avancement de leurs projets. Le Régulateur de l’amont pétrolier (NUPRC) évaluera, un an après chaque attribution, les progrès réalisés et pourra prendre des mesures réglementaires, jusqu’à la révocation de l’attribution en cas d’avancées insuffisantes. La mesure, annoncée le 8 septembre, vise à éviter que les projets attribués dans le cadre du Nigerian Gas Flare Commercialisation Programme (NGFCP) restent sans suite.

La directrice générale du NUPRC, Oritsemeyiwa Eyesan (photo, à gauche), a annoncé ce dispositif lors d’une rencontre avec le ministre d’État chargé des Ressources pétrolières (Gaz), Ekperikpe Ekpo (photo, à droite). Un an après chaque attribution, la Commission vérifiera si des avancées « considérables » ont été réalisées. Dans le cas contraire, elle pourra engager des mesures réglementaires, pouvant aller jusqu’au retrait de l’attribution lorsque cela sera nécessaire.

Le contrôle intervient alors que le NGFCP est désormais entré dans sa phase de mise en œuvre. Sur les 43 sites de torchage initialement identifiés dans le cadre du programme, 27 ont jusqu’ici été attribués à des investisseurs, tandis que leur mise en œuvre est en cours. Lancé en 2016, le dispositif permet à des tiers de récupérer et de commercialiser le gaz qui aurait autrement été brûlé sur les sites de production pétrolière.

Faire du gaz torché une ressource économique

Pour Abuja, la priorité est désormais de faire entrer ce gaz dans le circuit productif. Sa commercialisation doit permettre de fournir des produits et services, de soutenir la production d’électricité et de favoriser l’industrialisation. Ekperikpe Ekpo a ainsi appelé à une mise en œuvre plus « délibérée et agressive » du programme afin d’atteindre l’objectif national d’élimination du torchage de routine d’ici 2030.

Le potentiel disponible donne une dimension particulière à cette politique. Le Nigeria dispose de plus de 215 Tcf de réserves prouvées de gaz naturel, selon les données du NUPRC.

Pourtant, le phénomène reste important. En 2025, 323 milliards de pieds cubes standard de gaz ont été brûlés au Nigeria, représentant une valeur estimée à 1,1 milliard de dollars, selon la National Oil Spill Detection and Remediation Agency (NOSDRA). Le torchage affecte également les communautés des zones productrices de pétrole, confrontées à ses conséquences environnementales et à ses effets sur les moyens de subsistance.

Un dispositif encore confronté à des incitations contradictoires

La lutte contre ces émissions s’appuie aussi sur de meilleurs moyens de mesure. En juin, le producteur public NNPC et TotalEnergies ont prolongé de 24 mois leur accord consacré à la détection du méthane. Le partenariat prévoit notamment le déploiement sur des actifs supplémentaires de l’AUSEA, un système installé sur drone qui mesure les émissions de méthane et de carbone, identifie des sources non comptabilisées et évalue l’efficacité de la combustion des torchères.

Le Nigeria dispose ainsi d’un dispositif combinant récupération du gaz et surveillance des émissions. Mais la logique économique qui entourait jusqu’ici le torchage reste un obstacle. Une analyse publiée en 2025 indiquait que les amendes applicables sur les sites de grande production s’élevaient à 2 dollars pour 1 000 pieds cubes, contre une valeur marchande estimée à 3,66 dollars. Ce différentiel pouvait réduire l’incitation économique à investir dans la récupération du gaz.

Cette faiblesse contribue à expliquer pourquoi le phénomène persiste malgré les investissements dans les infrastructures gazières et les engagements climatiques du pays. La nouvelle règle du NUPRC ajoute donc une pression directement exercée sur les investisseurs bénéficiaires du NGFCP.

Olivier de Souza

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