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Paramount lance la campagne de son blockbuster de fantasy africaine sans l’autrice de la saga

Paramount lance la campagne de son blockbuster de fantasy africaine sans l’autrice de la saga
  • Date de création: 11 août 2026 08:54

(Agence Ecofin) - Paramount Pictures a dévoilé le 28 juillet la première bande-annonce de l’adaptation du best-seller de la Nigériane-Américaine Tomi Adeyemi, attendue en salles le 15 janvier 2027. Le lendemain, l’autrice, également coscénariste et productrice exécutive, rompait publiquement avec le film. Rarement une fantasy d’inspiration africaine aura réuni une telle distribution, et le budget de cette production tournée au Nigeria et en Afrique du Sud n’a jamais été rendu public.

Paramount Pictures a publié, le 28 juillet, la bande-annonce officielle de « Children of Blood and Bone », quelques heures après une soirée de lancement organisée à la Brooklyn Academy of Music, à New York. Réalisé par Gina Prince-Bythewood, le film sortira en salles le 15 janvier 2027. 24 h après la diffusion de la bande-annonce, Tomi Adeyemi (photo) a publié sur ses réseaux sociaux une vidéo de cinq minutes dans laquelle elle se désolidarise du projet qu’elle a pourtant coécrit.

L’autrice y raconte avoir quitté le plateau de sa propre adaptation « en hyperventilation et en sanglots », devant de nombreux témoins, puis avoir subi à son retour aux États-Unis des douleurs somatiques et des crises de panique répétées. Surtout, elle met en cause la chaîne de décision de la production. « Ce que je m’apprête à partager n’est pas un secret pour les personnes concernées. C’est une réalité avec laquelle je vis depuis environ un an et demi, et toutes les personnes impliquées, au moins au plus haut niveau, en ont été informées et n’ont rien fait pour améliorer les choses. Au contraire, elles n’ont fait que me malmener, et je l’accepte », déclare-t-elle.

Tomi Adeyemi ne nomme personne et ne décrit pas l’incident. Aucun média n’a établi à ce jour de façon indépendante ce qui s’est produit sur le tournage. Plusieurs rédactions ont sollicité les parties concernées : Variety a tenté de contacter des représentants de l’autrice, de Paramount et de la réalisatrice. TheWrap a tenté d’obtenir des précisions auprès du studio et NBC News auprès du représentant de l’actrice Amandla Stenberg, qui incarne le rôle principal dans « Children of Blood and Bone ». Aucune n’a obtenu de réponse. Malgré tout, la presse spécialisée voyait déjà une rupture se dessiner entre l’autrice et l’équipe de production de ce qui est annoncé comme la plus grande saga de fantasy africaine de l’histoire du cinéma.

Une rupture qui s’installe progressivement

La rupture s’est construite par étapes. Le 4 juillet déjà, l’autrice expliquait à ses lecteurs qu’elle n’avait pas vu le film et qu’elle ne le verrait pas. « Je ne reproche à personne d’aller voir le film. J’ai écrit cette histoire pour nous. Je me suis battue pour nous. Je dépose simplement mon épée et je sépare officiellement mon nom du projet, parce que je ne peux pas continuer à être blessée et attaquée en coulisses », écrivait-elle. La même publication montrait des captures d’écran d’un échange avec Stenberg, dans lequel elle demandait à la comédienne de ne plus utiliser son nom en interview et de ne plus la contacter. Selon les horodatages relevés par The Hollywood Reporter, ce message remonte à février 2025.

Cette date situe l’origine du différend. Février 2025 correspond au moment où le casting de Stenberg dans le rôle de la princesse Amari déclenchait une vive polémique sur le colorisme, une partie du lectorat estimant que la comédienne avait la peau plus claire que le personnage du roman. L’actrice avait répondu en racontant que l’autrice lui avait dit avoir écrit la trilogie après les attaques racistes qu’elle avait elle-même subies lorsqu’elle était enfant, pour son rôle de Rue dans « Hunger Games ».

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Une production aux ambitions internationales

Ce qui se joue autour de ce film dépasse pourtant largement une brouille entre deux femmes. Hollywood n’a produit presque aucune fantasy de grande envergure ancrée dans un imaginaire africain, et « Children of Blood and Bone » aligne une distribution que peu de blockbusters peuvent revendiquer. Viola Davis, seule interprète afro-américaine à détenir un EGOT (l’ensemble des quatre récompenses majeures de l’industrie du spectacle aux États-Unis, à savoir les Emmy, Grammy, Oscar et Tony Awards ; NDLR), y joue Mama Agba. Chiwetel Ejiofor incarne le roi Saran, Regina King la reine Nehanda, Idris Elba le personnage de Lekan et Cynthia Erivo l’amirale Kaea. Les rôles centraux reviennent à la Sud-Africaine Thuso Mbedu, révélée par « The Woman King », au Britanno-Nigérian Damson Idris, à Tosin Cole et à Amandla Stenberg. La réalisatrice résumait ainsi son intention : « Notre distribution reflète l’ensemble de la diaspora. C’est là que réside notre magie. »

Le studio a porté cette ambition sur le terrain de la production. Le tournage a démarré à Lagos en février 2025, s’est poursuivi en Afrique du Sud et aux îles Canaries, et s’est achevé le 2 juin 2025. Deux comédiens nigérians, Pamilerin Ayodeji et Shamz Garuba, ont été recrutés lors d’un casting ouvert organisé au Nigeria, aux côtés du vétéran de Nollywood Richard Mofe-Damijo, tandis que la chanteuse Ayra Starr fait ses débuts d’actrice. Surtout, la bande originale a été produite par Tems, que la réalisatrice présente comme la première femme à occuper ce poste sur une production de cette envergure, avec Burna Boy comme consultant musical exécutif et des titres de Fireboy DML, BNXN et Ayra Starr. La direction artistique revient à Hannah Beachler, oscarisée pour « Black Panther ».

Paramount avait remporté les droits en janvier 2022, après l’abandon du projet par Fox 2000 puis par Lucasfilm, en garantissant une sortie exclusive en salles et en confiant l’écriture du scénario à l’autrice, ce que Lucasfilm avait refusé. Gina Prince-Bythewood a pris la réalisation en décembre 2023.

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Des incertitudes sur le budget et la sortie

Concernant le coût du film, aucun chiffre officiel n’a été communiqué, et les bases de données financières spécialisées, dont The Numbers, n’indiquent pas de budget de production. La presse se contente d’évoquer un budget considérable, en s’appuyant sur la distribution, sur le tournage en décors réels et sur la sortie IMAX programmée. Rien ne permet donc d’affirmer qu’il s’agit de la fantasy d’inspiration africaine la plus chère jamais produite. À titre de comparaison, « Black Panther » avait été doté d’un budget de 200 millions de dollars par Disney en 2018.

Le calendrier interroge lui aussi. Une sortie à la mi-janvier reste, dans l’industrie américaine, un créneau réputé peu porteur. Le film arrive en outre à un moment délicat pour son distributeur : Paramount Skydance a engagé le rachat de Warner Bros. Discovery pour près de 111 milliards de dollars, une opération que des poursuites judiciaires ont repoussée cet été et qui pourrait ne se conclure qu’en 2027.

L’enjeu final est celui d’un précédent. La trilogie « Legacy of Orïsha », d’où est tiré le film, s’est vendue à près de trois millions d’exemplaires et a figuré pendant 175 semaines cumulées dans le classement du New York Times, et le studio espérait en tirer une franchise. Aucune adaptation des deux tomes suivants n’est programmée. Pour les créateurs africains qui négocient la cession de leurs univers à Hollywood, la trajectoire de ce film constituera une référence. Tomi Adeyemi, dont le roman « The Siren » paraît le 29 septembre, a pour sa part tourné la page. « Comprenez bien, je ne veux plus jamais entendre parler de ce projet. Je n’ai rien à dire sur les gens qui l’ont fait. Je ne m’en soucie plus. J’essaie de passer à autre chose », a-t-elle déclaré.

Servan Ahougnon

Edité par M.F. Vahid Codjia

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