(Agence Ecofin) - Avec une population appelée à dépasser largement les 200 millions d’habitants, le Nigeria dispose d’un marché qui justifie le développement de capacités logistiques à grande échelle. Le projet de Badagry s’inscrit dans cette volonté de rapprocher infrastructures portuaires et potentiel commercial.
Le projet de port en eaux profondes de Badagry, à l’ouest de Lagos et à proximité de la frontière de la République du Bénin, est à nouveau l'objet de discussions, cette fois entre les autorités nigérianes et APM Terminals. Pour le Nigeria, l’enjeu est de renforcer sa capacité portuaire tout en se positionnant davantage sur les flux maritimes régionaux.
Yesterday in Copenhagen, Denmark, we took an important step towards unlocking a new chapter in Nigeria’s maritime and economic development. I led a Federal Government delegation that engaged @APMTerminals on the proposed development of the Badagry Deep-Seaport, culminating in the signing of a Memorandum of Understanding (MoU) with Badagry Port Development Limited for exclusive negotiations on the project. The proposed Badagry Deep-Seaport will provide additional deepwater capacity, accommodate larger container vessels, increase cargo-handling capacity and create new transshipment opportunities for Nigeria and the wider West African market. For our teeming youth, it means more opportunities for jobs, skills development, investment and enterprise across the maritime value chain — from port operations and logistics to transportation, manufacturing, warehousing and other support services. Badagry is also part of our broader commitment to developing a network of modern deep seaports across Nigeria’s coastline. We are also advancing work on deep seaport projects in Akwa Ibom, Bayelsa, Cross River, Ogun, Ondo, and Rivers State. Unlike traditional river ports, these deep seaports are designed around naturally deep-draft channels capable of accommodating some of the world’s largest vessels. This will significantly strengthen Nigeria’s capacity to handle larger ships, increase cargo volumes, improve connectivity and position our country as a major maritime and transshipment hub for West and Central Africa. At the same time, we are not ignoring our existing legacy seaports. The Federal Ministry of Marine and Blue Economy has obtained the necessary approvals to modernize and upgrade these critical facilities, ensuring that existing infrastructure continues to support our growing economy while new deepwater capacity is developed. Together, these investments will strengthen our supply chains, improve the efficiency of trade, ease pressure on existing city ports and enhance Nigeria’s competitiveness as a destination for international business. The development of our maritime infrastructure is central to President @officialABAT's Renewed Hope Agenda and our determination to position Nigeria as West Africa’s premier trade and logistics hub. The Federal Government remains focused on creating the right environment for responsible, long-term private-sector investment in our maritime sector. Through strategic public-private partnerships, we can unlock the immense potential of Nigeria’s Blue Economy, attract capital, create decent jobs, stimulate economic activity and drive sustainable economic growth. We will continue to work with investors and partners who share our vision of a stronger, more competitive and prosperous Nigeria. #BadagryDeepSeaport #DeepSeaports #BlueEconomy #RenewedHope #EconomicGrowth #JobCreation
— Adegboyega Oyetola (@GboyegaOyetola) September 8, 2026
Selon le protocole d’accord signé le lundi 7 septembre, les deux parties doivent désormais négocier les modalités de développement du projet. Cette étape ne constitue toutefois pas encore une décision finale d’investissement. Elle replace néanmoins APM Terminals au cœur d’un dossier dans lequel l’opérateur était déjà impliqué il y a plus d’une décennie.
Un projet pensé pour changer d’échelle
Le futur port doit être développé dans le cadre d’un partenariat public-privé (PPP) sur une superficie d’environ 496 hectares. A terme, le complexe doit accueillir plusieurs types de terminaux, notamment pour les conteneurs, les marchandises diverses et les véhicules, ainsi qu’une base de ravitaillement offshore et des installations destinées au stockage de liquides en vrac.
Les infrastructures envisagées comprennent notamment un terminal à conteneurs doté de 2 470 mètres de quai, un terminal de marchandises diverses de 560 mètres et un autre terminal de 360 mètres. Avec une profondeur minimale annoncée de 18 mètres, le port est conçu pour accueillir des navires de plus grande capacité que ceux qui desservent actuellement plusieurs installations portuaires de Lagos.
La première phase prévoit le développement d’un terminal à conteneurs d’une capacité de 1,2 million d’EVP, avec un quai de 740 mètres et une profondeur de conception de 18 mètres. L’installation doit également disposer d’équipements permettant les opérations de manutention entre les navires et les quais (ship-to-shore).
Au-delà du marché nigérian, cette configuration confère au projet une potentielle vocation régionale. Badagry pourrait notamment chercher à capter une partie des flux de transbordement à destination des différents marchés du golfe de Guinée, dans une région où plusieurs ports investissent pour accroître leurs capacités et améliorer leurs connexions avec l’hinterland.
Le projet intervient ainsi dans un environnement portuaire de plus en plus concurrentiel, marqué par la montée en puissance de plateformes comme Abidjan, Lomé et Tema. Cotonou conserve pour sa part une position stratégique dans les échanges avec le Nigeria, notamment pour certaines marchandises destinées à ce vaste marché.
Désengorger Lagos et mieux relier l’hinterland
L’un des principaux enjeux du projet sera toutefois moins la profondeur du port que sa capacité à assurer une circulation efficace des marchandises vers l’intérieur du Nigeria.
La première phase prévoit ainsi des liaisons routières avec l’hinterland, afin de créer une alternative aux infrastructures portuaires existantes autour de Lagos, confrontées depuis plusieurs années à des contraintes de capacité et de circulation. Une liaison ferroviaire doit ensuite compléter le dispositif dans une deuxième phase, tandis que le transport fluvial pourrait constituer un autre mode d’acheminement des marchandises.
Un parc logistique doit également être aménagé à proximité du port, au sein de la zone franche. Il doit rapprocher les activités de stockage et de traitement des marchandises des opérations portuaires et renforcer l’intégration entre les fonctions maritimes et logistiques.
Le retour d’APM Terminals intervient alors que le Nigeria cherche déjà à accroître la capacité de ses infrastructures portuaires. L’entrée en exploitation commerciale du port en eaux profondes de Lekki en 2023 a notamment ajouté une nouvelle capacité d’accueil pour les grands porte-conteneurs dans l’agglomération de Lagos. Apapa demeure parallèlement l’une des principales portes d’entrée maritimes du pays, tandis que Tin Can Island et d’autres installations participent à l’absorption de la croissance des échanges.
L’objectif est notamment d’accompagner l’augmentation de la demande intérieure dans un pays dont la population (près de 242 millions d’habitants selon World Population) et l’activité économique soutiennent des besoins croissants en importations et en infrastructures logistiques.
Le Bénin et les autres ports régionaux en ligne de mire ?
La localisation de Badagry pourrait donner au projet une dimension particulière. Situé à l’ouest de Lagos, à proximité immédiate du Bénin, le futur port s’inscrit dans un espace stratégique pour les échanges entre le Nigeria et les autres marchés du golfe de Guinée. Cette proximité se profile alors que le port de Cotonou en particulier joue depuis plusieurs années un rôle important dans l’acheminement de marchandises vers le marché nigérian. Les opérateurs utilisent également d’autres plateformes régionales en fonction des coûts, des délais, des formalités et des conditions d’accès aux différents marchés.
Si l’arrivée éventuelle de Badagry sur ce marché est annoncée pour modifier davantage la répartition des flux maritimes dans la sous-région, le futur port devra toutefois composer avec des plateformes déjà implantées et qui développent elles aussi leurs capacités, leurs terminaux et leurs connexions avec l’hinterland.
La capacité de Badagry à s’imposer dans cette compétition dépendra surtout de plusieurs facteurs comme notamment la réalisation effective des infrastructures, la mobilisation des financements, la qualité des connexions routières et ferroviaires, mais aussi coûts et efficacité des opérations portuaires.
À ce stade, le projet demeure donc une ambition en cours négociations, plus d’une décennie après les premières initiatives. Les premières démarches remontent à 2012, lorsque plusieurs investisseurs, dont APM Terminals, avaient participé aux réflexions autour de la construction d’un port en eaux profondes dans cette zone.
Henoc Dossa
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