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La BAD déploie un mécanisme de 5 milliards $ contre la crise des engrais et de l'énergie en Afrique

La BAD déploie un mécanisme de 5 milliards $ contre la crise des engrais et de l'énergie en Afrique
  • Date de création: 10 septembre 2026 11:06

(Agence Ecofin) - La volatilité des marchés mondiaux de l’énergie et des engrais expose les économies africaines à une hausse des coûts, alors que les tensions géopolitiques et les fragilités logistiques compliquent davantage leurs approvisionnements.

Les perturbations des marchés de l’énergie et des engrais alourdissent les coûts d’importation et fragilisent les économies africaines. Pour empêcher que ces tensions ne se transmettent aux finances publiques, aux ménages et à la production agricole, la Banque africaine de développement (BAD) a approuvé un mécanisme de 5 milliards USD.

Baptisé « Global Energy and Fertilizer Crisis Response Framework », le dispositif a été approuvé le 1er septembre 2026 par le Conseil d’administration du Groupe de la banque. Il doit financer les besoins immédiats tout en réduisant la vulnérabilité à de nouvelles perturbations. 

Les tensions au Moyen-Orient accentuent le choc. Les pays africains dépendants des importations de carburants, d’engrais, de denrées alimentaires et d’autres produits essentiels font face à des coûts de transport plus élevés en raison des perturbations des principales routes maritimes. Les livraisons ralentissent alors que les chaînes d’approvisionnement restent fragiles. 

La BAD veut donc agir avant que le choc sur les approvisionnements ne se transforme en pression durable sur les économies. Le mécanisme reprend les enseignements de la réponse à la pandémie de Covid-19 et de l’African Emergency Food Production Facility.

Des financements pour absorber le choc 

Techniquement, la BAD prévoit 4,1 milliards USD supplémentaires de prêts. Le Fonds africain de développement, son guichet concessionnel, pourrait y ajouter jusqu’à 960 millions USD. Ces ressources portent l’objectif de prêts du Groupe pour 2026 à environ 12,7 milliards USD. Les interventions seront adaptées à la vulnérabilité de chaque pays et à son exposition aux prix de l’énergie, des aliments et des engrais. Le mécanisme sera actif pendant un an et devra être réexaminé avant toute éventuelle prolongation. 

Le cadre repose sur quatre piliers que sont la stabilité économique, les approvisionnements essentiels, la protection des ménages et la résilience future. Pour amortir le choc financier, les États pourront bénéficier de financements contracycliques rapides et de ressources à court terme, accompagnés de mesures coordonnées sur les plans budgétaire, monétaire et de la dette. 

Le financement d’urgence et du commerce doit maintenir les flux d’énergie, d’engrais et de produits alimentaires vers les marchés locaux. La BAD prévoit aussi de préserver les dépenses publiques essentielles et de renforcer les dispositifs de protection sociale ciblant les femmes, les jeunes et les ménages à faibles revenus. L’objectif est de limiter l’impact de la hausse des coûts sans recourir systématiquement à des subventions générales, qui peuvent aussi profiter aux ménages aisés. 

Pour Abdul Kamara, vice-président par intérim du Groupe de la BAD chargé des opérations nationales et régionales, « le financement de crise doit protéger les ménages, maintenir les systèmes essentiels et préserver les acquis du développement ». 

Réduire la dépendance aux marchés extérieurs 

La pression sur les engrais constitue un risque particulier pour l’agriculture. Lorsque leurs prix augmentent ou que leur disponibilité se dégrade, les agriculteurs peuvent réduire leur utilisation, avec un risque de baisse des rendements et des revenus agricoles. 

Le mécanisme doit donc aussi permettre aux entreprises d’approvisionnement de poursuivre leur activité et de maintenir l’accès aux intrants. Martin Fregene, responsable par intérim de la vice-présidence de la BAD chargée de l’Agriculture, du Développement humain et social, souligne la nécessité de développer des marchés plus solides et d’accroître la production locale. 

Le dispositif dépasse ainsi la seule réponse d’urgence. La BAD veut accompagner la diversification des chaînes d’approvisionnement, les solutions régionales et le renforcement de la résilience budgétaire. Les pays seront encouragés à développer leurs sources locales d’approvisionnement et leurs échanges régionaux afin de réduire leur dépendance aux marchés extérieurs pour l’énergie, les engrais et les produits alimentaires. 

La BAD cherche ainsi à empêcher qu’une perturbation des marchés mondiaux ne devienne une crise intérieure. L’enjeu est surtout de financer l’absorption du choc aujourd’hui tout en réduisant les dépendances qui rendent les économies africaines vulnérables au prochain.

Olivier de Souza, Agence Ecofin

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