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En Afrique, la souveraineté géologique se construit avec des acteurs étrangers

En Afrique, la souveraineté géologique se construit avec des acteurs étrangers
  • Date de création: 09 septembre 2026 16:10

(Agence Ecofin) - De la RDC à la Guinée, plusieurs États africains investissent pour reprendre la maîtrise de leurs données géologiques. Cette quête de souveraineté nourrit parallèlement un marché spécialisé de sociétés capables de cartographier des centaines de milliers de kilomètres carrés depuis les airs.

En RDC, en Zambie ou au Nigeria, des dizaines de millions de dollars sont investis depuis quelques années dans des programmes nationaux visant à mieux connaître le sous-sol. Derrière ces initiatives présentées par les gouvernements comme des instruments de souveraineté minière se développe aussi un marché pour les entreprises capables de produire les données recherchées, avec encore une présence limitée d’acteurs locaux ou régionaux.

Deux noms illustrent particulièrement cette activité : Xcalibur Smart Mapping, groupe basé à Madrid mais né en Afrique du Sud, et le canadien Sander Geophysics. Le premier a obtenu un contrat de 180 millions de dollars en cours depuis janvier en RDC et réalise également le levé national de la Zambie. Sa présence s’étend au Nigeria et à la Sierra Leone, où il a participé à des programmes financés par la Banque mondiale, ainsi qu’à l’Égypte qui mène avec le groupe une nouvelle campagne géophysique nationale.

Sander Geophysics est moins visible sur le continent, mais dispose également de références publiques. En Guinée, le ministère des Mines lui a confié en janvier un programme portant sur l’acquisition, le traitement et l’interprétation de données magnétiques et radiométriques dans l’est du pays. Le groupe canadien avait surtout réalisé, entre 2013 et 2015, le levé géophysique à haute résolution de l'ensemble du Malawi. Il est également intervenu en Tanzanie, avec le canadien Geotech, dans un programme couvrant 31 districts.

Un marché progressivement consolidé

La concentration des contrats entre quelques acteurs s’explique en partie par les barrières à l’entrée. Les campagnes nationales exigent des avions spécialisés, des capteurs coûteux, des pilotes capables de voler à basse altitude ainsi que des équipes chargées de traiter et d’interpréter des volumes considérables de données. Xcalibur en offre une illustration. Fondé à Pretoria en 2002, le groupe a racheté en 2021 les activités de CGG Multi-Physics. Celles-ci comprenaient elles-mêmes des actifs issus de Fugro Airborne Surveys, acquis par CGG en 2013. Une partie des capacités autrefois réparties entre plusieurs grands fournisseurs internationaux s’est ainsi retrouvée regroupée au sein du même ensemble.

D’autres spécialistes continuent néanmoins d’opérer depuis l’Afrique du Sud. New Resolution Geophysics revendique plus de 7 millions de kilomètres-lignes de levés réalisés dans plus de 50 pays et possède une flotte d’hélicoptères et d’avions. La société travaille notamment pour des compagnies minières au Botswana et en RDC. Spectrem Air, également sud-africain, développe depuis plus de quatre décennies des systèmes électromagnétiques aéroportés capables de sonder des structures géologiques.

Sous-traiter sans abandonner les données

Le paradoxe est seulement apparent. Pour les États, la souveraineté géologique ne consiste pas nécessairement à posséder les avions qui collectent les informations, mais à maîtriser les données produites et leur utilisation. La Zambie en fournit une illustration. Si son levé national est réalisé par Xcalibur, Lusaka a parallèlement fait appel au Geological Survey of Finland pour contrôler la qualité des données. En Sierra Leone, Xcalibur assurait l’acquisition tandis que le britannique Reid Geophysics supervisait les travaux et le contrôle qualité. Au Malawi, Sander Geophysics travaillait avec le British Geological Survey, chargé notamment de la supervision technique.

L’État reste in fine le donneur d’ordre, le propriétaire des informations et l’arbitre de leur diffusion, tout en achetant sur le marché les technologies qu’il ne possède pas. Certains pays cherchent néanmoins à internaliser davantage ces compétences. Au Ghana, la Geological Survey Authority a notamment été équipée d’un magnétomètre installé sur drone afin de réaliser elle-même certains levés sur des zones destinées à l’exploitation minière artisanale.

L’enjeu dépasse le seul choix entre Xcalibur, Sander ou leurs concurrents. À mesure que les pays consacrent davantage d’argent à connaître leur sous-sol avant de négocier avec les compagnies minières, une nouvelle question apparaît : quelle part des compétences nécessaires à cette souveraineté géologique restera à l’étranger, et quelle part les États africains parviendront-ils à construire localement ?

Emiliano Tossou

Lire aussi :

16/07/2026 - « La connaissance du sous-sol est normalement de la responsabilité des États », Jean-Claude Guillaneau, BRGM

09/07/2026 - « Quand la Côte d’Ivoire connaîtra mieux son sous-sol, les négociations ne seront plus les mêmes », Seydou Coulibaly, DG Mines

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