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Déficit de minéraux critiques : après l’automobile, les géants de la tech tentés par le financement minier

Déficit de minéraux critiques : après l’automobile, les géants de la tech tentés par le financement minier
  • Date de création: 09 septembre 2026 08:22

(Agence Ecofin) - Les besoins en métaux augmentent avec l’électrification et les technologies numériques, mais les capitaux ne suivent pas au même rythme. L’AIE estime à environ 500 milliards de dollars les nouveaux investissements miniers nécessaires d’ici 2040.

Les géants technologiques pourraient à leur tour contribuer au financement des nouvelles mines nécessaires pour augmenter l’offre de cuivre et d’autres minéraux critiques. Le groupe Ivanhoe Mines dit discuter avec de grands opérateurs de centres de données de la Silicon Valley, ou « hyperscalers », non seulement de contrats d’achat de cuivre, mais aussi d’un financement de la construction de Western Forelands, son nouveau projet phare en RDC.

Ces discussions interviennent alors qu’Ivanhoe vient d’augmenter de 30 % les ressources en cuivre contenu identifiées à Western Forelands, à environ 12 millions de tonnes, et cherche à en faire une mine d’ici trois ou quatre ans. Selon Robert Friedland, fondateur et coprésident exécutif du groupe, les entreprises technologiques cherchent à sécuriser une base d’approvisionnement face à la hausse de leurs besoins et aux tensions sur les chaînes mondiales de métaux.

« On craint désormais sérieusement que ces entreprises, dont le chiffre d’affaires se chiffre en milliers de milliards de dollars, souhaitent soudainement disposer de leur propre base de ressources dédiée dans une économie mondiale en voie de fragmentation », a déclaré M. Friedland dans une interview à Bloomberg.

Du contrat d’achat au capital

Cette implication directe des consommateurs de métaux n’est pas inédite dans l’histoire minière récente. L’industrie automobile l’a expérimentée avec les matières premières nécessaires aux véhicules électriques. En 2023, General Motors a annoncé un investissement de 650 millions de dollars dans Lithium Americas pour contribuer au développement de la mine Thacker Pass, au Nevada, en contrepartie notamment d’un accès à la future production de lithium. Le constructeur américain a depuis approfondi son engagement et détient désormais une participation de 38 % directement dans le projet.

La même année, Stellantis a investi 155 millions de dollars dans McEwen Copper, propriétaire du projet Los Azules en Argentine, afin de sécuriser une partie de ses futurs besoins en cuivre. Les groupes chinois ont déjà suivi une logique comparable. En RDC, le géant des batteries CATL a acquis 25 % de KFM Holding en 2021 afin de développer avec la compagnie minière CMOC la mine de cuivre-cobalt de Kisanfu.

Dans la technologie, le mouvement reste moins avancé. Des capitaux issus de l’écosystème technologique sont néanmoins déjà présents dans les mines africaines, même s’ils ne relèvent pas directement de la même logique d’approvisionnement. KoBold Metals, soutenu notamment par les milliardaires Jeff Bezos et Bill Gates, ainsi que d’autres investisseurs de la Silicon Valley, a levé 537 millions de dollars début 2025 pour ses ambitions en Afrique. La société développe en Zambie le projet de cuivre Mingomba et s’implique dans le lithium en RDC.

Un besoin de capital massif

L’éventuelle arrivée de grands groupes technologiques dans le financement minier intervient alors que le financement constitue l’un des principaux défis de l’augmentation de l’offre. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) estimait en 2025 à environ 500 milliards de dollars les nouveaux investissements nécessaires dans les mines de minéraux critiques d’ici 2040 selon les politiques alors en vigueur, dont quelque 350 milliards pour le cuivre.

Or, l’investissement dans les minéraux critiques a reculé de 9 % en 2025, selon l’édition 2026 du rapport de l’AIE sur le secteur. Les dépenses des producteurs de métaux pour batteries ont chuté de plus de 20 %, et celles des compagnies de lithium d’environ 40 %. L’agence prévoit encore, sur la base des projets actuellement identifiés, un déficit d’offre de cuivre d’environ 25 % en 2035.

Ce risque concerne directement les groupes technologiques. Les besoins liés à l’intelligence artificielle, notamment pour la construction des centres de données et la production de semi-conducteurs, mobilisent du cuivre, de l’aluminium, du silicium, du gallium et des terres rares. Pour les hyperscalers et autres grands groupes technologiques, contribuer à faire émerger de nouvelles capacités minières peut donc répondre à un intérêt industriel direct : réduire leur exposition à des pénuries susceptibles de renchérir ou de ralentir le déploiement des infrastructures numériques dont dépend leur croissance.

Pour autant, il est encore trop tôt pour identifier les grands groupes technologiques comme de véritables acteurs du financement minier. La transformation des discussions évoquées par Robert Friedland en contrat d’achat ou en financement ferme pour son projet congolais constituera un indicateur à suivre, mais il faudra surtout voir si d’autres hyperscalers suivent et si leur intérêt se traduit par des engagements financiers comparables à ceux déjà pris par les constructeurs automobiles.

Emiliano Tossou

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