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Ecobank en roadshow pour un nouvel emprunt obligataire senior libellé en dollars

  • Date de création: 08 octobre 2024 17:38

(Agence Ecofin) - Selon les conditions du marché, les actionnaires d’ETI ont donné leur quitus au conseil d'administration pour lever jusqu’à 600 millions $ afin de renforcer les positions financières de la banque, surtout de sa filiale nigériane. Absa, AFC, Afreximbank, Mashreq et Standard Chartered Bank ont été mobilisés pour vendre l’offre.

Le groupe bancaire panafricain Ecobank Transnational Incorporated (ETI) s’apprête à lever des fonds via une émission de titres de premier rang non garantis sur cinq ans, libellés en dollars américains. Ces titres de premier rang non garantis, ou obligations « senior unsecured », sont des instruments financiers sans garantie adossés à des actifs spécifiques, mais qui bénéficient d'une priorité de remboursement en cas de difficultés financières de l’émetteur. Cela signifie que les investisseurs qui achètent ces obligations seront remboursés avant ceux détenant des obligations subordonnées, mais après les créanciers garantis, en cas de liquidation du groupe.

Cette opération s’annonce dans un contexte où le groupe bancaire, présent dans 35 pays africains, cherche à renforcer sa structure financière, alors même que sa filiale nigériane qui représente désormais 13% des actifs et 6% des revenus nets du groupe,  se retrouve confrontée à des défis de liquidités importants.

Opération sauvetage pour la filiale nigériane

Depuis quelques mois, Ecobank Nigeria traverse une période difficile en raison de la non-conformité de son ratio de fonds propres. Selon une analyse récente de Moody’s, la filiale a sollicité ses créanciers pour obtenir un moratoire de six mois sur une obligation de 300 millions de dollars arrivant à maturité en 2026. Ce délai devrait lui permettre de ramener son ratio de fonds propres à plus de 10 %, un seuil minimum contractuel qu’elle s’était engagée à respecter pour maintenir sa crédibilité.

Concrètement, la filiale nigériane a besoin de ce délai pour mobiliser 200 millions de dollars et renforcer son capital de base. Si elle ne parvient pas à obtenir ce moratoire, elle risque une augmentation des taux d’intérêt ou une demande de remboursement anticipé, ce qui aggraverait ses difficultés financières. Cette situation contraint la holding basée à Lomé à explorer la possibilité d’intervenir en injectant des fonds ou en étendant la liquidité si nécessaire. Moody’s a averti qu’une telle intervention exercerait une pression supplémentaire sur la liquidité d'ETI dans un contexte mondial de financement tendu. « Une extension de liquidité ou une injection de capital par ETI dans Ecobank Nigeria représenterait un besoin de liquidité important pour ETI », a précisé l'agence de notation, alors que le groupe lui-même se redresse peu à peu après des moments difficiles. Son ratio de capital total était de 14,1 % au 30 juin 2024, supérieur aux exigences minimales généralement fixées à 8 % (voire plus pour les banques systémiques ou régionales).

Roadshow

C’est dans ce contexte que le groupe cherche à retourner sur les marchés. Notée B- par S&P et Fitch, et B3 par Moody’s, ETI a déjà mandaté un groupe de banques internationales, parmi lesquelles Absa, Africa Finance Corporation (AFC), Afreximbank, Mashreq et Standard Chartered Bank. Ces institutions agiront en tant que co-cheffes de file, épaulées par Renaissance Capital Africa, qui occupe le rôle de conseiller financier dans cette transaction.

Depuis le 30 septembre, une tournée auprès des investisseurs institutionnels a débuté pour convaincre les plus gros portefeuilles de s’embarquer dans cette nouvelle aventure. Cependant, l’opération reste encadrée par des restrictions strictes. Les titres émis ne seront pas enregistrés auprès des régulateurs financiers du Nigeria, du Ghana ou des pays de l’UEMOA, des marchés où ETI est coté. Par conséquent, ils ne pourront être ni proposés ni vendus dans ces marchés, sauf dans le cadre de transactions privées réservées à des investisseurs répondant à des critères réglementaires locaux. Ces titres s'adressent exclusivement à des investisseurs institutionnels qualifiés, en conformité avec les régulations 144A et Reg S. Ces mécanismes offrent aux entreprises une certaine flexibilité en matière d’enregistrement. La règle 144A permet la vente de titres en privé sur le marché américain, mais uniquement à des « acheteurs institutionnels qualifiés ». De son côté, la Reg S s'applique aux offres réalisées en dehors des États-Unis, spécifiquement destinées aux investisseurs non-américains. Ces régulations permettent à Ecobank de contourner les obligations d’enregistrement classiques imposées par la Securities and Exchange Commission (SEC) aux États-Unis, tout en ouvrant ses portes à une base d’investisseurs bien définie et réglementée, notamment en Grande-Bretagne.

Un plafond de 600 millions $

L'annonce de cette levée de fonds intervient après une année de performances relativement solides pour Ecobank, dont les revenus ont de nouveau dépassé la barre des 2 milliards de dollars. Lors de l’Assemblée générale extraordinaire tenue en juin dernier, l’ancien président du conseil d'administration, Alain Nkontchou, avait déjà évoqué la possibilité pour la banque de lever jusqu'à 600 millions de dollars via de nouvelles euro-obligations, une résolution qui avait obtenu l’approbation des actionnaires. L'objectif, avait-il martelé, était de consolider les liquidités de la banque après le remboursement en avril d'une précédente obligation de 500 millions de dollars émise en 2019, une transaction financée en partie par un crédit relais de 250 millions de dollars arrangé par Afreximbank et AFC.

Cette nouvelle opération pourrait ainsi renforcer le ratio de capital total d'Ecobank, qui était de 14,1 % au 30 juin 2024, un coussin de sécurité nécessaire pour absorber les pertes potentielles sur ses actifs risqués et maintenir la stabilité de ses opérations bancaires. Ecobank tente également de renflouer ses réserves, comme en témoigne la décision de ne pas distribuer de dividendes cette année, malgré un bénéfice de 488,4 millions de dollars en 2023.

Fiacre E. Kakpo



 
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