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La majorité des fonds d’impact actifs en Afrique ont des pratiques rudimentaires de mesure des retombées (Ferdi)

La majorité des fonds d’impact actifs en Afrique ont des pratiques rudimentaires de mesure des retombées (Ferdi)
  • Date de création: 08 septembre 2026 12:27

(Agence Ecofin) - Alors que l’investissement d’impact vise par définition à concilier rentabilité financière et effets extra-financiers, les évaluations des retombées des investissements qui mobilisent des approches académiques comportent des avantages considérables pour les fonds, les fournisseurs de capitaux, et le secteur dans son ensemble.

La majorité des fonds d’impact opérant en Afrique affichent des pratiques insuffisantes et sommaires en matière d’évaluation des retombées de leurs investissements, selon un rapport publié le jeudi 3 septembre par la Fondation pour les études et recherches sur le développement international (FERDI).

Intitulé « Comment combler les lacunes de l’évaluation d’impact dans les fonds à impact en Afrique », le rapport rappelle que l’investissement d’impact cherche toujours à trouver un équilibre entre la rentabilité financière et la génération d’impacts positifs extra-financiers (économiques, sociaux et/ou environnementaux).  Ce type d’investissement, qui contribue à une mission d’intérêt général, repose sur 3 piliers : l’intention de générer un impact ; l’additionnalité (un principe défini comme la réalisation d’un investissement qui n’aurait pas eu lieu en l’absence de l’intervention de l’investisseur d’impact) ; et la preuve des impacts générés grâce à une démarche sérieuse de mesure de ceux-ci. 

L’évaluation de l’impact est donc au cœur de l’investissement d’impact. D’autant plus qu’elle permet de se différencier par rapport à la concurrence et de lever des fonds à moindre coût. Les apporteurs de capitaux (structures publiques, fondations, family offices, etc.) acceptent, en effet, des retours moindres s’ils peuvent s’assurer que les investissements sont alignés avec leur mandat et leurs objectifs extra-financiers.

L’importance de la mesure d’impact est reconnue par l’ensemble des acteurs du secteur, mais il existe une très forte hétérogénéité dans les pratiques des fonds sur ce volet. En s’appuyant sur des informations publiques des 250 fonds d’impact opérant en Afrique ainsi que sur une grille d’évaluation des pratiques développée par la Chaire Investissement d’Impact, un programme de recherche universitaire hébergé par la FERDI, les auteurs du rapport ont attribué des scores à ces acteurs du secteur sur une échelle de 0 (pire pratique) à 100 points (meilleure pratique).

Le score moyen de l’ensemble des fonds opérant sur le continent est de 31 points. Dans le détail, 20 % des structures ont des pratiques faibles (score inférieur à 10 points), et seulement 23 % des fonds ont un score supérieur à 50 points. 

D’autre part, une réflexion quant à la manière de produire des effets extra-financiers est menée au sein une partie non négligeable des fonds. Plus de la moitié des fonds communiquent leur théorie du changement (TDC), la chaîne décomposant le processus de matérialisation des effets d’un investissement, du financement aux impacts. Cette TDC reste cependant peu détaillée dans la plupart des cas, et plus de 40 % des fonds ne la produisent même pas, alors qu’il s’agit de l’étape indispensable pour pouvoir évaluer l’impact. 

Cinq pistes d’action 

La mesure des indicateurs se concentre sur les aspects les plus facilement accessibles en l’occurrence les intrants (ressources mobilisées) et aux extrants (implication directe). Les indicateurs de résultats et surtout ceux d’impacts le sont dans une bien moindre mesure. Les dimensions mesurées qui reviennent le plus à travers les fonds sont l’emploi (nombre d’emplois créés ou maintenus) ; l’environnement (les tonnes de gaz à effet de serre évitées) ; et le genre (les parts de femmes parmi les employés ou les clients des structures). 

Des lacunes restent toutefois à clarifier les définitions des indicateurs. Par exemple, pour l’emploi, qui est l’indicateur le plus souvent reporté, il existe une multitude de définitions possibles en fonction de la nature de l’emploi (en termes de temps de travail, formalisation, etc.) et du fait de reporter les emplois directs uniquement ou d’inclure les emplois indirects. En omettant une qualification claire des indicateurs, il devient compliqué de comparer les retombées entre différents projets ou différents fonds. 

Sur un autre plan, les méthodes permettant d’évaluer l’attribution de l’impact ne sont que marginalement mobilisées. Seuls une minorité de fonds à impact (16 sur 250) a adopté une approche crédible d’attribution. Quatre approches sont utilisées comme la pondération des indicateurs par des taux d’attribution ou la construction d’un score d’impact, mais seuls trois fonds se tournent vers des méthodes quasi-expérimentales, dont un seul détaillant sa méthodologie. Ce constat est préoccupant, car c’est la mobilisation des approches académiques qui permet de se rapprocher de l’impact réel du fonds et d’établir une causalité. 

Et, last but not least, le niveau de transparence des fonds diffère selon le sujet. Si près de six fonds sur dix partagent leurs enseignements avec l’écosystème, cette dynamique reste rare sur les aspects plus exigeants. A titre d’exemple, seuls 8 fonds (3,2 %) documentent les limites de leurs propres méthodes de mesure d’impact. 

Pour améliorer les pratiques de mesure d’impact et renforcer la crédibilité du secteur sur le continent, le rapport recommande cinq pistes d’action : sensibiliser l’ensemble de l’écosystème à l’importance de l’évaluation des impacts ; développer un référentiel méthodologique pour appliquer des principes de base ; améliorer l’accès aux données ; accompagner les fonds sur les aspects financiers et techniques de l’opération ; et adopter une démarche progressive afin de monter en compétence pas à pas. 

Walid Kéfi

Edité par : Feriol Bewa

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