(Agence Ecofin) - La modernisation d’un terminal portuaire ne suffit pas à fluidifier les échanges. Quand la capacité des quais croît sans que les procédures douanières et les voies d’évacuation terrestres suivent, le port finit par voir se former un goulot d’étranglement.
Le Terminal 3 du port de Tema est l’une des infrastructures maritimes les plus modernes du continent africain. Et pourtant, il étouffe. En cause, non pas la taille de l'infrastructure, mais les services douaniers qui y sont liés. 70 % des conteneurs y font l’objet d’une inspection physique intégrale, selon un rapport de la Ghana Shippers » Authority (GSA) publié le jeudi 3 septembre après une visite d’évaluation. C’est sept fois la norme recommandée par l’Organisation mondiale des douanes (OMD).
L’objectif de l'évaluation était de mesurer une congestion qui allonge les délais de sortie des marchandises. Inauguré en 2019 pour 1,5 milliard USD, le terminal peut traiter 3 millions d’EVP par an. Il accueille des navires de 24 000 EVP, et a déjà traité 2,5 millions d’EVP en 2026, avant la saison de pointe.
Le paradoxe tient à une asymétrie d’investissement. Côté mer, le terminal aligne portiques ultramodernes, systèmes automatisés et certification verte de Bureau Veritas. Côté terre, une seule route d’accès saturée dessert le port. Pour l’heure, Tema ne dispose d’aucune liaison ferroviaire vers son hinterland, contrairement à Abidjan.
Les dépôts intérieurs censés délester le port restent sous-exploités. Des conteneurs vides immobilisent en outre des espaces utiles, selon l’Institut ghanéen des transitaires. La douane est le maillon le plus révélateur. Sept conteneurs sur dix subissent une inspection physique intégrale. La gestion des risques vise pourtant à concentrer les contrôles sur les seules cargaisons à risque élevé.
Une chaîne logistique qui n’a pas suivi le rythme du terminal
La friction se chiffre. Le secteur cimentier a supporté entre 45 et 50 millions USD de surestaries en 8 mois. Les distributeurs de produits pétroliers avaient versé 44 millions de dollars aux armateurs au premier semestre 2025. Ces surcoûts ont été répercutés sur les consommateurs finaux. Lomé et Abidjan, qui ciblent le même hinterland, captent une partie des flux que Tema peine à fluidifier.
Les autorités envisagent une révision de la classification des risques douaniers, des pénalités renforcées et une meilleure coordination entre agences. Ces mesures sont nécessaires, mais elles ne suffisent pas pour régler le problème. L’investissement côté quai ne produira ses effets que si routes, dépôts et procédures progressent au même rythme.
Félicien Houindo Lokossou
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