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Minéraux critiques : Madagascar mise sur quotas et parc industriel pour la transformation locale

Minéraux critiques : Madagascar mise sur quotas et parc industriel pour la transformation locale
  • Date de création: 07 septembre 2026 08:17

(Agence Ecofin) - Premier producteur africain de graphite en 2024 et 2025, Madagascar produit aussi du nickel et du cobalt et prépare de nouvelles mines de terres rares. Mais, hors Ambatovy, l’essentiel de son insertion dans ces filières reste concentré dans l’extraction.

Madagascar veut faire de l’accès à ses minerais stratégiques un argument pour attirer des investissements dans leur transformation locale. À Perth la semaine dernière, lors de la conférence Africa Down Under (ADU) en Australie, le ministre des Mines Carl Andriamparany a présenté une stratégie reposant sur la possibilité de réserver jusqu’à 30 % de certaines productions aux industries locales, la création d’un « parc industriel minier » et le développement d’infrastructures.

Le choix de Perth n’est pas anodin. ADU est le principal rendez-vous entre dirigeants de pays miniers africains et investisseurs australiens. Pour Antananarivo, qui a rouvert en janvier l’octroi de nouveaux permis après seize ans de moratoire sur la plupart des substances, présenter sa politique à Perth revient à la soumettre directement à des investisseurs, groupes miniers et fournisseurs de technologies susceptibles de la financer.

Garder davantage de valeur à Madagascar

Le quota mis en avant à Perth est déjà inscrit dans le droit malgache. Le Code minier de 2023 autorise l’État à déterminer la part des substances stratégiques qu’un titulaire doit vendre à l’industrie nationale. Un décret pris en avril fixe son plafond à 30 % de la production totale, sauf accord de l’exploitant du projet pour aller au-delà. Graphite, terres rares, cobalt, cuivre ou encore lithium figurent parmi les substances concernées. À cette garantie d’approvisionnement pour de futurs transformateurs s’ajoute un levier fiscal. Les droits et taxes spéciaux sur les produits miniers sont normalement fixés à 5 %, mais lorsqu’un titulaire transforme les substances extraites dans le cadre d’activités intégrées, le Code prévoit un abattement de 30 %.

Premier producteur africain de graphite l’an dernier (80 000 tonnes), selon une estimation de l’Institut d’Etudes géologiques des Etats-Unis (USGS), Madagascar exporte ce matériau stratégique sous forme de concentré. Cette logique pourrait se répéter dans les terres rares avec le projet Vara Mada d’Energy Fuels. La société américaine prévoit d’y produire un concentré de monazite avant de l’expédier aux États-Unis, où il serait transformé en oxydes. C’est ce partage de la valeur que le gouvernement veut modifier. Les données reprises par l’ITIE placent les mines à 4,6 % du PIB malgache, mais à 49,2 % des exportations. En juin, la CNUCED a estimé que l’intégration du pays aux marchés mondiaux des minerais critiques demeure principalement concentrée en amont, entraînant de faibles liens avec le reste de l’économie. La stratégie nationale de financement du développement veut donc faire passer les mines d’une « logique extractive à une logique de création de valeur nationale ». La transformation minière fait partie depuis 2023 des cinq priorités du Pacte pour l’industrialisation, conçu pour porter la part du secteur secondaire de 15 % à 30 % du PIB en 2040.

Le défi des usines

Madagascar sait déjà qu’une transformation poussée sur son territoire est possible. À Ambatovy, le minerai extrait est raffiné en nickel et cobalt au complexe de Toamasina à une pureté de 99,9 %. Le parc industriel évoqué à Perth pourrait permettre de mutualiser une partie des infrastructures indispensables aux transformateurs, mais ses contours restent inconnus. Le ministère n’a précisé ni sa localisation, ni son alimentation électrique, ni son financement.

Une proposition est néanmoins sur la table : le chinois Tsingshan a soumis cette année un projet de plusieurs milliards de dollars inspiré de ses parcs industriels de Morowali et Weda Bay en Indonésie, premier producteur mondial de nickel et référence en matière de transformation locale. Si M. Andriamparany a indiqué à Reuters en juin que le dossier reste à l’étude, l’énergie constitue un point de vigilance clé pour ce type de projets. Le FMI relève que l’électricité est le deuxième obstacle à la compétitivité cité par les entreprises malgaches, sur fond de production coûteuse et de fragilités persistantes de la société publique JIRAMA.

La CNUCED place par ailleurs les infrastructures, le financement et les compétences parmi les axes à renforcer pour permettre davantage de valeur ajoutée locale. Pour l’heure, les stratégies de transformation de deux grands acteurs des minéraux critiques malgaches sont tournées vers l’étranger. Au-delà d’Energy Fuels, NextSource développe aux Émirats arabes unis une première usine de matériaux d’anode, qui entrent dans les batteries électriques. Dans l’étude de faisabilité publiée en juillet pour décupler la production de graphite à sa mine Molo à 150 000 tonnes de concentré par an, la société canadienne avertit que le quota de 30 % peut affecter le calendrier, l’économie et la mise en œuvre de son projet à Madagascar.

Emiliano Tossou

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13/05/2026 - Minéraux critiques : la transformation locale, grande absente de l’essor de Madagascar

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