(Agence Ecofin) - De l’impact environnemental lié à la production au changement climatique, les systèmes alimentaires sont plus que jamais sous pression. Face à des besoins alimentaires qui augmenteront dans les prochaines décennies, la question de l’impact de la consommation sur la santé reste cruciale.
Chaque année, les mauvaises habitudes alimentaires coûtent 8100 milliards $ aux systèmes sanitaires dans le monde. C’est ce qu’a indiqué l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) dans l’édition 2024 de son rapport sur la Situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture (SOFA), publié au début du mois de novembre.
Ce document de plus de 170 pages s’est livré à un exercice inédit de comptabilisation des coûts résultant de la production, de la distribution, de la consommation, y compris ceux qui ne sont pas reflétés dans les prix du marché.
D’après l’organisation, ce montant annoncé pour les systèmes sanitaires représente 70 % des coûts cachés générés chaque année au sein des systèmes agroalimentaires, estimés au total à 12 000 milliards $. Il reste largement supérieur aux coûts liés à la dégradation de l’environnement et les inégalités sociales.
Pour l’essentiel, les auteurs du rapport soulignent que les 8100 milliards $ correspondent aux coûts associés aux affections et pathologies résultant d’une mauvaise alimentation, telles que l’obésité, les maladies cardiaques, les accidents vasculaires cérébraux et le diabète.
Des régimes alimentaires déséquilibrés
Dans le monde, le déséquilibre nutritionnel est le principal fléau qui pèse sur les systèmes sanitaires. D’après la FAO, la consommation insuffisante de céréales entières représente le principal risque majeur avec 18 % du total des coûts cachés quantifiés liés à la santé dans le monde contre 16 % pour l’alimentation pauvre en fruits et 16 % pour l’alimentation excessive en sodium.

Partout dans le monde, l’alimentation a drastiquement changé sur les 50 dernières années, avec l’industrialisation qui a conduit à la production d’aliments ultra-transformés, des céréales pour le petit-déjeuner aux viandes et aux boissons, souvent enrichis en sucre ajouté, en sel ou en huiles.
Ces denrées de grande consommation, largement répandues dans les pays développés, ont été massivement exportées vers les pays en développement grâce au commerce international et à la réduction des barrières commerciales. Pendant ce temps, la consommation de fruits et de légumes ainsi que d’aliments riches en fibres est devenue un véritable défi, en raison des prix inaccessibles pour les populations pauvres dans toutes les régions du monde.
D’après la FAO, cette dernière tendance est la première préoccupation dans les régions en situation de crise prolongée liée à des conflits persistants, un climat d’instabilité ou à une insécurité alimentaire généralisée, ainsi que dans les systèmes traditionnels affichant une faible productivité et une adoption limitée des technologies.
A contrario, la consommation de viande transformée et de viande rouge augmente progressivement, à mesure que les systèmes agroalimentaires passent du stade traditionnel au stade industriel.
Des disparités à l’échelle mondiale
Si la FAO donne une vue d’ensemble des coûts cachés de la mauvaise alimentation sur les systèmes sanitaires mondiaux, elle note également qu’il y a des différences marquées au sein des régions.
Ainsi, c’est l’Amérique qui perd le plus lourd tribut au niveau de son système sanitaire avec la consommation importante de viande transformée, de viande rouge et de boissons sucrées. Par contre, l’Asie affiche les coûts les plus importants dans le monde, liés à une alimentation riche en sel, pauvre en céréales entières ainsi qu’en fruits et légumes.
Si le continent africain affiche les plus faibles coûts cachés sur les systèmes sanitaires avec l’Océanie, l’essentiel du fardeau est porté par l’Afrique du Nord. La région est celle qui enregistre la perte financière la plus considérable pour ses systèmes de santé, en raison de la consommation accrue de viande transformée, de boissons sucrées, d’une alimentation riche en sel, mais pauvre en céréales complètes et en fruits.
L’Afrique de l’Est affiche le plus important manque à gagner lié à une alimentation pauvre en légumes. Enfin, l’Afrique centrale est la région du continent où les coûts associés aux mauvaises habitudes alimentaires sont les plus faibles, suivie de l’Afrique de l’Ouest.
Espoir Olodo
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