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Cuivre : comment la RDC accélère dans sa conquête du marché américain

Cuivre : comment la RDC accélère dans sa conquête du marché américain
  • Date de création: 04 septembre 2026 08:07

(Agence Ecofin) - Dans l’objectif de réduire la domination des acteurs chinois dans son secteur minier et de diversifier ses débouchés, la RDC s’est rapprochée ces derniers mois des États-Unis. Une démarche qui a abouti, en décembre 2025, à la signature d’un partenariat stratégique autour des minerais critiques.

Après un premier semestre déjà haussier, les importations américaines de cuivre ont continué d’accélérer, atteignant en juillet un record mensuel de 225 094 tonnes de cuivre raffiné et d’alliages. Rapportée jeudi 3 septembre par Reuters, cette progression raconte aussi une autre histoire, bien plus importante pour l’Afrique : celle de la montée en puissance de la République démocratique du Congo (RDC) parmi les fournisseurs des États-Unis, dans un contexte où Kinshasa cherche à diversifier ses débouchés.

Cap sur le pays de l’Oncle Sam…

Bon conducteur d’électricité et de chaleur, le cuivre est devenu un métal stratégique dans les dynamiques d’électrification mondiale. Aux États-Unis, où il est notamment utilisé dans la construction, les équipements électriques et le transport, la demande est couverte à la fois par la production nationale et par des importations. D’après l’US Geological Survey, les États-Unis s’approvisionnaient, entre 2021 et 2024, auprès de plusieurs pays et sous différentes formes, allant des anodes de cuivre au métal raffiné, en passant par les concentrés, la matte et le minerai brut. Malgré la diversité des fournisseurs recensés, la RDC ne figurait toutefois pas parmi les principales sources d’approvisionnement.

Pour le cuivre raffiné, qui a représenté notamment 88 % de l’ensemble des importations américaines de produits cuprifères sur la période, le Chili arrivait ainsi en tête, devant le Canada, le Pérou et le Mexique. Mais cette configuration a commencé à évoluer à partir de 2025. Selon Benchmark Minerals, les importations américaines de cuivre raffiné ont augmenté de 81 % en glissement annuel pour atteindre 1,63 million de tonnes cette année-là. Si le Chili en a fourni l’essentiel, avec 876 000 tonnes, la RDC s’est hissée au deuxième rang avec 187 000 tonnes, devant le Canada et le Pérou.

Les statistiques disponibles pour le premier semestre 2026 font également état d’une nouvelle progression des importations américaines, même si la répartition des volumes entre les différents fournisseurs reste encore à préciser. Les données relatives au mois de juillet apportent toutefois un nouvel éclairage sur la place prise par le cuivre congolais. Sur les 225 094 tonnes de cuivre raffiné et d’alliages importées par les États-Unis, environ 46 % seraient venues du Chili, tandis que la RDC se serait classée deuxième, avec près d’un quart des volumes.

Les données communiquées par Kinshasa confortent cette tendance. Dans son rapport sur les statistiques minières du premier semestre 2026, la Cellule technique de coordination et de planification minière (CTCPM) indique que la part des ventes de cuivre de la RDC destinées aux États-Unis et à l’Europe a doublé par rapport à 2025. Cette progression est notamment portée par la Gécamines, qui exerce son droit de prélèvement sur une partie de la production des mines dans lesquelles elle détient des intérêts pour le compte de l’État, proportionnellement à ses participations.

Une dynamique à suivre

Dans son rapport, la CTCPM reprend l’un des objectifs mis en avant depuis plusieurs mois par les autorités congolaises. Il s’agit de « réduire la dépendance au circuit chinois et monétiser directement les parts de l’État » dans les mines déjà ciblées par la Gécamines pour ses opérations de négoce. Le marché chinois constitue en effet depuis plusieurs années le principal débouché du cuivre congolais, une situation qui s’explique notamment par la forte présence d’investisseurs chinois dans le secteur minier du pays. S’orienter davantage vers l’Ouest apparaît ainsi comme une démarche de diversification des partenaires commerciaux pour la première source de recettes d’exportation de la RDC.

Cette dynamique intervient par ailleurs dans un contexte de rapprochement progressif entre Kinshasa et Washington, notamment sur le front minier. Les deux pays ont signé, en décembre 2025, un partenariat destiné à établir les bases d’une coopération dans le secteur, Washington cherchant à sécuriser son accès aux minerais critiques congolais et à attirer davantage d’investissements américains. L’accord a depuis ouvert la voie à plusieurs autres initiatives, comme le rachat, finalisé en mars, du producteur de cuivre et de cobalt Chemaf SA par l’américain Virtus Minerals, ou encore le projet d’Orion Critical Minerals, entité soutenue par Washington, visant à acquérir des participations dans les mines de Mutanda et de Kamoto, contrôlées par Glencore.

Au regard de ces développements, les relations minières entre les deux pays pourraient encore se renforcer. Reste à voir dans quelle mesure cela se traduira concrètement sur le terrain, notamment dans les flux de cuivre. Car au-delà de la volonté de diversifier ses débouchés, Kinshasa doit aussi chercher à tirer le meilleur revenu possible de sa production. Une accélération durable des exportations vers les États-Unis devra donc être appréciée à l’aune des conditions de marché, alors que le cuivre évolue depuis plusieurs mois dans un contexte haussier. Le même enjeu se dessine d’ailleurs sur le cobalt, autre minerai stratégique pour lequel la RDC voit également sa présence progresser sur le marché américain, comme le relevait une précédente analyse d’Agence Ecofin.

Aurel Sèdjro Houenou

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