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Or : face aux milliards perdus dans la contrebande, le modèle ghanéen séduit en Afrique

Or : face aux milliards perdus dans la contrebande, le modèle ghanéen séduit en Afrique
  • Date de création: 03 septembre 2026 07:41

(Agence Ecofin) - Sur le continent, des centaines de tonnes d’or équivalant à des milliards de dollars échappent encore chaque année aux circuits étatiques. Premier producteur africain d’or, le Ghana aurait fait entrer jusqu’à 3,8 milliards de dollars d’or dans le circuit officiel en 2025, grâce à un nouveau modèle.

La Zambie veut s’inspirer du Ghana pour ramener dans les flux officiels une partie de son or artisanal. ZCCM-IH, le bras d’investissement minier de l’Etat, estime pouvoir débloquer plus de 1,8 milliard de dollars dans la filière aurifère à petite échelle en adoptant le modèle ghanéen de formalisation. Cette orientation rapproche le pays d’Afrique australe d’un système déjà étudié ces derniers mois par d’autres producteurs d’or du continent.

L’enjeu est considérable. Selon les données du World Integrated Trade Solution citées mercredi 2 septembre par Bloomberg, les Emirats arabes unis ont importé près de 1,8 milliard de dollars d’or attribué à la Zambie en 2023, alors que les statistiques de la Banque centrale zambienne faisaient état de moins de 128 millions de dollars d’exportations officielles cette année-là. Pour Kakenenwa Muyangwa, directeur général de ZCCM-IH interviewé par le média américain, la régularisation d’une partie de ce commerce informel permettrait d’accroître sensiblement les exportations officielles.

Une fuite qui se chiffre en milliards

La Zambie est loin d’être une exception. Dans un rapport publié en 2024, SWISSAID estime qu’entre 321 et 474 tonnes d’or artisanal sont produites chaque année en Afrique sans être déclarées, pour une valeur comprise entre 24 et 35 milliards de dollars. Les Emirats arabes unis constituent le principal débouché de ces flux : entre 2012 et 2022, ils ont importé 2 569 tonnes d’or africain qui n’apparaissaient pas dans les exportations déclarées par les pays d’origine.

Le Ghana connaît lui-même cette fuite. Selon SWISSAID, 229 tonnes d’or artisanal, représentant 11,4 milliards de dollars, manquent aux statistiques commerciales du pays entre 2019 et 2024. C’est ce que le dispositif porté par le Ghana Gold Board (GoldBod) a commencé à réduire. En centralisant l’achat et l’exportation de l’or artisanal, les exportations officielles de la filière sont passées de 63,6 tonnes en 2024 à environ 103 tonnes en 2025, pour 10,8 milliards de dollars de recettes en devises. Une étude d’économistes de l’Université du Ghana estime à 3,8 milliards de dollars la valeur des volumes supplémentaires captés dans les circuits formels en 2025. Ces performances expliquent l’intérêt croissant que suscite le modèle ghanéen.

Bien avant les récentes déclarations de M. Muyangwa sur le pays, la Commission des minerais de Tanzanie s’est rendue à Accra en janvier pour étudier le système ghanéen, tandis que des représentants burundais et de la Banque centrale tanzanienne ont effectué d’autres visites de travail en mai auprès du GoldBod. Dans le cas du Burundi, le FMI estime que ses exportations officielles d’or en 2023 ne représentaient qu'environ un quart des importations d'or burundais enregistrées par ses partenaires commerciaux.

Formaliser le négoce ne suffit pas

L’expérience ghanéenne révèle toutefois les risques d’une stratégie qui se concentrerait uniquement sur la récupération des volumes. Le premier est financier : le programme d’achat domestique d’or a occasionné environ 1,7 milliard de dollars de pertes à la Banque du Ghana en 2025, notamment en raison des coûts d’intermédiation et des conditions d’achat. Ces opérations ont depuis été transférées au GoldBod, mais le FMI estime que le risque budgétaire demeure tant que l’Etat supporte les coûts de ces achats.

L’autre limite est fiscale. En 2025, les petites mines ont représenté plus de la moitié de la production ghanéenne d’or, mais ont versé moins de 500 000 cedis (44 411 USD) d’impôts, selon la Chambre des mines du Ghana. A l’inverse, l’ensemble du secteur minier a versé environ 19 milliards de cedis de recettes fiscales la même année, une contribution provenant en grande partie des grandes mines. Le FMI parle même de recettes fiscales « proches de zéro » provenant de l’or artisanal, après la suppression en 2025 de la retenue à la source de 1,5 % destinée notamment à rendre le marché officiel plus compétitif face à la contrebande. Depuis mars 2026, Accra a introduit une redevance de 2 % sur la petite exploitation aurifère.

Enfin, récupérer l’or dans les circuits officiels ne signifie pas nécessairement avoir réglé le problème de sa provenance. Le galamsey, nom donné au Ghana à l’exploitation minière illégale, demeure suffisamment important pour que les autorités continuent en 2026 de mener des opérations militaires et policières contre des sites clandestins. Entre juillet 2025 et mars 2026, le secrétariat national chargé de cette lutte disait avoir conduit 122 opérations et procédé à 237 arrestations.

Le risque est d’autant plus important que le système permettant de suivre systématiquement l’or de la mine jusqu’à l’exportation n’est pas encore pleinement déployé. GoldBod a seulement lancé en 2026 son dispositif de traçabilité, avec une première phase concernant environ 600 exploitations, et travaille encore à un système national de suivi. Le FMI recommande de renforcer cette traçabilité afin de réduire la contrebande, les flux financiers illicites et les risques environnementaux liés à l’orpaillage illégal.

Pour les pays qui regardent vers Accra, la leçon est donc plus complexe que la seule création d’un acheteur public. S’il est possible de récupérer des milliards de dollars de flux jusque-là informels, l’expérience ghanéenne montre aussi qu’une telle politique n’atteint pleinement son objectif que si l’Etat peut simultanément contrôler ses coûts, taxer les producteurs et garantir que l’or qu’il fait entrer dans le marché officiel n’est pas lui-même issu de circuits illégaux.

Emiliano Tossou

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