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Fer : après la Guinée, comment la Chine avance ses pions au Nigeria

Fer : après la Guinée, comment la Chine avance ses pions au Nigeria
  • Date de création: 03 septembre 2026 05:35

(Agence Ecofin) - Plus de 3 milliards de tonnes de réserves : c’est le potentiel en minerai de fer identifié au Nigeria. Réparties dans plusieurs régions, ces ressources constituent pour le géant africain un levier pour diversifier son économie et développer un secteur minier dont la contribution demeure encore marginale.

Le 17 août dernier, Macro Metals a signé un protocole d’accord en vue de céder son projet de minerai de fer Agbaja, au Nigeria, à RSIN Nigeria Limited. Évaluée à 5,67 millions USD, l’opération doit permettre à cette entité liée à des capitaux chinois de reprendre un actif qui dispose d’une réserve probable de 205 millions de tonnes à une teneur de 45,7 %. Une opération qui illustre un peu plus l’intérêt chinois pour le potentiel ferrifère nigérian, après les positions déjà prises autour du mégaprojet Simandou en Guinée.

Au Nigeria, les investisseurs chinois se positionnent depuis quelques années sur un sous-sol dont le potentiel en minerai de fer est estimé à 3 milliards de tonnes. Leur stratégie se dessine notamment dans l’aval de la filière, avec des groupes impliqués dans des projets sidérurgiques adossés à l’ambition de développer des chaînes de valeur locales en minerai de fer.

En mai 2025, la société chinoise Sinomach-HE avait ainsi été associée à la société nigériane Chart & Capstone Integrate Ltd pour la construction d’une aciérie de 2,5 milliards USD dans l’État de Kogi. Plus récemment, une entité chinoise, dont l’identité n’a pas été dévoilée, aurait également rejoint le projet de relance du complexe sidérurgique public Ajaokuta Steel Company.

RSIN Group, auquel est rattachée RSIN Nigeria Limited, avait lui aussi été cité en 2025 dans un projet d’investissement aux côtés de son compatriote Galaxy Group. Les deux figuraient alors parmi les soutiens financiers de Stellar Steel Company, qui prévoyait d’investir 450 millions USD dans un projet industriel dans l’État d’Ogun, comprenant notamment un dispositif d’approvisionnement local en minerai de fer et une unité sidérurgique.

Un modèle que Macro Metals entendait également développer à Agbaja avec une aciérie adossée à la future mine. Une étude exploratoire avait estimé en 2022 que le projet pouvait produire en moyenne 500 000 tonnes de billettes d’acier par an pendant 25 ans, pour un investissement évalué à 557 millions USD. Le projet a toutefois peiné à avancer, poussant la junior australienne à envisager la cession de ses intérêts.

L’offensive des acteurs chinois dans la filière nigériane peut, toutes proportions gardées, rappeler la configuration observée autour de Simandou en Guinée. La mise en production du complexe guinéen, en novembre 2025, a marqué l’aboutissement de plusieurs décennies d’attente. Plusieurs entreprises chinoises y sont aujourd’hui présentes à travers les véhicules Chalco Iron Ore Holdings et Baowu Winning Consortium Simandou, associés au développement des quatre blocs qui composent le complexe minier.

Le pari reste à confirmer

À l’image du récent développement autour d’Agbaja, les annonces se multiplient autour du minerai de fer nigérian, sans que leur concrétisation soit encore pleinement au rendez-vous. La plupart des éléments disponibles renvoient en effet à des intentions d’investissement ou à des projets encore en phase de structuration, plutôt qu’à des opérations effectivement engagées.

Dans le cas d’Agbaja, les parties se sont toutefois engagées à conclure un contrat définitif et contraignant dans les 20 jours suivant la signature du protocole d’accord. La finalisation de cette étape permettrait surtout d’en savoir davantage sur les intentions de RSIN et donc sur l’avenir du projet.

Au-delà du seul intérêt que suscite le potentiel ferrifère nigérian, l’enjeu pour Abuja sera surtout de savoir ce que ces investissements peuvent apporter à son économie. La présence de capitaux chinois est désormais bien établie dans de nombreux secteurs africains, mais leur implication dans la filière du fer pourrait prendre une dimension particulière pour le Nigeria, compte tenu du poids de la Chine dans l’industrie sidérurgique mondiale. Premier consommateur d’acier au monde, le géant asiatique a importé 736,84 millions de tonnes de minerai de fer sur les sept premiers mois de l’année, soit une hausse de 6 % sur un an, selon Reuters.

Pour le Nigeria, qui entend faire de son potentiel ferrifère un levier de développement industriel et de diversification économique, la suite donnée à ces initiatives sera donc déterminante. L’enjeu est d’autant plus important que les Mines contribuent encore à moins de 1 % du PIB nigérian, alors que les autorités évaluent à 700 milliards USD la valeur des réserves minérales du pays, qui comprennent aussi le lithium et les terres rares.

Aurel Sèdjro Houenou

Édité par Wilfried ASSOGBA

Lire aussi :

01/07/2026 - Fer : qui sont les géants mondiaux que Simandou veut bousculer depuis la Guinée

18/04/2025 - Au Nigeria, un projet de fer et d’aciérie à 1,4 milliard de dollars dans l’impasse

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