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Minerais critiques : comment éviter une nouvelle « malédiction des ressources naturelles » (rapport)

  • Date de création: 03 juin 2024 08:52

(Agence Ecofin) - Réduite au rôle d’exportateur de minerais bruts, l’Afrique ne capterait qu’une part infime des revenus associés à ce marché en plein boom. Des stratégies axées sur le renforcement des capacités locales tout au long de la chaîne de valeur pourraient cependant lui permettre d’engranger une plus grande valeur ajoutée.    

Alors que la Chine et les puissances occidentales se livrent déjà une bataille féroce autour de l’accès à ses minerais critiques, l’Afrique peut échapper à une nouvelle « malédiction des ressources naturelles » en adoptant des réglementations destinées à  minimiser l'impact environnemental et social des activités minières, en augmentant la transformation locale de ces matières premières et en développant des industries destinées à soutenir le programme mondial de décarbonation, souligne un rapport publié le 1er juin 2024 par la société d’édition universitaire Elsevier.

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Intitulé « The race for critical minerals in Africa : A blessing or another resource curse ? », le rapport est élaboré par une équipe de chercheurs de l’Université des mines et de technologie (Ghana), l’Université Murdoch (Australie), l’Université Edge Hill (Royaume-Uni), et l'université du Queensland (Australie). 

Ces chercheurs précisent qu’il n'existe pas de consensus universel sur la définition des minerais critiques. Les listes de ces minerais varient selon les régions et les institutions, et leur contenu évolue constamment. Par exemple, l'Australie a classé 47 minerais comme critiques. L'Union européenne (UE) a dressé une liste de 34 matières premières critiques qui sont importantes pour les économies du groupe des vingt-sept et qui risquent d'être perturbées, dont 17 sont qualifiées de « stratégiques » en raison de leur importance et des déséquilibres de l'offre et de la demande au niveau mondial. La liste des minerais critiques des États-Unis contient 50 éléments, dont 45 sont également considérés comme des minéraux stratégiques. En somme, chaque pays ou région a ses propres raisons de classer ces minerais comme critiques.

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Carte des minerais critiques en Afrique subsaharienne (US Geological Survey)

Pour la plupart des pays occidentaux, les ressources minérales sont critiques s'ils sont essentiels pour une économie à faible émission de carbone ou pour la sécurité nationale, s’ils n'ont pas de substitut et s’ils sont vulnérables aux perturbations des chaînes d'approvisionnement mondiales.

Un positionnement au plus bas niveau de la chaîne de valeur

Quoi qu’il en soit, le marché des minerais critiques a doublé de taille en cinq ans, atteignant 320 milliards de dollars en 2022. La demande de ces matières premières devrait plus que doubler d'ici 2030 et quadrupler d'ici 2050. Au regard de ces projections, les investissements dans l’exploitation des minerais nécessaires à la transition énergétique ont enregistré une hausse de 20 % en 2021 et de 30 % en 2022. Les dépenses d'exploration ont également augmenté de 20 % en 2022, sous l'effet d'une croissance record de l'exploration du lithium dans le monde entier.

Alors que la Chine exerce une grande hégémonie sur le marché des minerais critiques, les pays occidentaux s’efforcent de diversifier leurs sources d'approvisionnement pour minimiser les risques géopolitiques.

Alors que la Chine exerce une grande hégémonie sur le marché des minerais critiques, les pays occidentaux s’efforcent de diversifier leurs sources d'approvisionnement pour minimiser les risques géopolitiques. Ils se tournent notamment vers l’Afrique, où l'extraction de minerais essentiels en Afrique est déjà dominée par des sociétés minières chinoises.

L’exploitation de ces minerais par les compagnies étrangères a déjà des impacts négatifs sur l’environnement et sur les populations locales, dont la perte d’une riche biodiversité, la pollution des nappes phréatiques, les expulsions forcées de populations installées de longue date autour des sites miniers, la propagation de la corruption et l'apparition de nouvelles formes d'illégalité dans le secteur des ressources naturelle comme le travail des enfants et la contrebande des minerais.

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Gisements de lithium en Afrique

Le rapport indique d’autre part que les minerais nécessaires au développement des technologies à faible émission de carbone ne sont pas si « essentiels » dans le contexte de l'Afrique, compte tenu de la demande et de l'offre locales. La majorité des pays du continent ne transforment pas ou n'utilisent pas de minerais critiques pour produire des technologies à faible émission de carbone. Ainsi, le continent se trouve largement réduit au rôle d’exportateur de minerais bruts. Or, les avantages économiques des ressources minières n’augmentent qu’aux maillons supérieurs de la chaîne de valeur, tels que le traitement, le raffinage et la fabrication de produits finis.

Dans l’état actuel des choses, l’Afrique risque fort de se trouver victime d’une nouvelle « malédiction des ressources naturelles », une théorie mise de l’avant dans les années 90 par l’économiste britannique Richard Auty selon laquelle les économies axées sur les matières premières tendent à se développer plus lentement et génèrent de la corruption, de la misère pour les populations locales, des institutions faibles, une dégradation de l’environnement et des conflits internes.  

Des réglementations inspirées des meilleures pratiques internationales

Pour conjurer le risque d’une malédiction des ressources associé à l’exploitation des minerais critiques en Afrique, le rapport recommande en premier lieu aux pays du continent d’adopter des réglementations minières inspirées des meilleures pratiques internationales en matière de transparence et de responsabilité afin de réduire les impacts sociaux et environnementaux des opérations des compagnies minières étrangères.

L'affirmation selon laquelle il est urgent d'acquérir des minerais essentiels ne doit pas servir d'excuse aux gouvernements africains et aux multinationales pour contourner les réglementations en matière d'exploitation minière durable et de protection de l’environnement. Au contraire, l'argument de l'urgence devrait donner aux gouvernements africains plus de pouvoir pour conclure des accords miniers qui bénéficieront aux populations locales et à l'environnement. Dans cette optique, l’Union africaine (UA) est plus que jamais appelée à accélérer l’élaboration d'une stratégie continentale pour les minerais critiques qui guidera les pays membres dans la négociation de contrats et d'accords miniers.

Dans cette optique, l’Union africaine est plus que jamais appelée à accélérer l’élaboration d'une stratégie continentale pour les minerais critiques qui guidera les pays membres dans la négociation de contrats et d'accords miniers.

Les entreprises locales devraient également être incitées à extraire et à traiter les minerais critiques avant de les exporter, étant donné que le traitement dans les pays producteurs est susceptible d’augmenter les recettes locales, de créer les emplois et de stimuler la croissance d'autres secteurs de l'économie.

Des efforts devraient aussi être déployés pour renforcer les capacités locales tout au long de la chaîne de valeur de ces minerais. Dans ce cadre, il est possible de négocier des partenariats pour créer des industries destinées à soutenir le programme mondial de décarbonation, notamment dans le domaine de la fabrication de batteries pour véhicules électriques. Ainsi, l'Afrique serait non seulement une source de matières premières, mais aussi une source compétitive de produits à faible teneur en carbone et à plus forte valeur ajoutée économique.

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