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RDC : conflit ouvert entre l’État et ASA sur la recapitalisation de la MIBA

RDC : conflit ouvert entre l’État et ASA sur la recapitalisation de la MIBA
  • Date de création: 02 septembre 2026 12:00

(Agence Ecofin) - Fleuron du diamant congolais, la MIBA tente depuis plusieurs années de se relancer après des décennies de déclin. Sa recapitalisation, présentée comme la clé de son redressement, bute sur des désaccords entre ses actionnaires.

La recapitalisation de la Société minière de Bakwanga (MIBA) est désormais au cœur d’un conflit ouvert entre l’État congolais, actionnaire à 80 %, et ASA Resources Group, détenteur des 20 % restants. Selon son avocat-conseil, Me Emedi Useni Ahmed, l’actionnaire minoritaire a saisi le Tribunal de commerce de Kinshasa-Gombe pour contester les résolutions adoptées lors de l’assemblée générale extraordinaire du 21 mai 2026 et demander la suspension du processus d’augmentation de capital.

Le contentieux intervient au moment où ASA est appelée à participer à l’opération afin de préserver sa participation de 20 %. Un bulletin de souscription établi le 27 juillet lui demande de verser 27,508 milliards de francs congolais, soit environ 12 millions de dollars au taux indicatif de cette date. L’opération globale porterait sur environ 137,54 milliards FC, soit près de 60,7 millions.

Selon ASA Resources Group, les deux actionnaires avaient convenu, lors d’une assemblée générale extraordinaire du 6 février 2026, d’une augmentation du capital social proportionnelle à leurs participations respectives. L’État devait apporter les fonds destinés à la relance, tandis qu’ASA devait souscrire pour éviter la dilution de ses 20 %.

L’actionnaire minoritaire affirme toutefois que l’opération devait être précédée de plusieurs conditions : un audit général de la MIBA, un inventaire de son patrimoine, la désignation d’un cabinet indépendant pour conduire ces travaux ainsi qu’une amélioration de la gouvernance, notamment à travers la redéfinition du plan de relance.

Le risque de dilution au cœur du contentieux

Cette exigence d’audit n’est d’ailleurs pas nouvelle. Fin mai, le président du conseil d’administration de la MIBA, Jean-Charles Okoto, indiquait lui-même que l’utilisation des fonds destinés à la relance restait conditionnée à un audit général, à un inventaire du patrimoine et à la validation du plan minimum de relance.

ASA estime que ces préalables n’avaient pas été exécutés avant qu’une nouvelle assemblée générale extraordinaire, tenue le 21 mai, ne relance le processus. Elle demande donc au tribunal d’annuler les résolutions adoptées à cette occasion et a introduit une procédure en référé pour en suspendre les effets.

Le différend porte également sur la structure future du capital de la MIBA. Le bulletin de souscription établi pour ASA prévoit qu’elle doit libérer la totalité de sa contribution pour conserver son droit préférentiel. À défaut de souscription dans le délai prévu, sa participation pourrait être diluée dans les conditions qui seraient arrêtées par les organes compétents de la société.

ASA affirme avoir reçu ce bulletin le 27 juillet avec un délai de 30 jours, arrivé à échéance le 27 août. Elle considère qu’une telle exigence ne peut lui être imposée tant que les conditions convenues précédemment entre les actionnaires ne sont pas respectées.

La MIBA sous forte pression financière

L’augmentation de capital s’inscrit dans un plan minimum de relance évalué à environ 70 millions de dollars. Ce programme prévoit notamment la certification des réserves minières, la sécurisation des concessions, des investissements productifs, la prise en charge des charges sociales et salariales ainsi qu’un mécanisme de suivi et d’évaluation. L’objectif annoncé est de porter la production de la MIBA à près de 2,5 millions de carats en 2026.

Il subsiste toutefois un écart entre le coût estimé de ce plan et le montant de l’augmentation de capital actuellement documentée. Avec environ 60,7 millions USD de nouvelles contributions calculées sur la base du bulletin de juillet, le financement ne couvre pas à lui seul l’intégralité des 70 millions de dollars annoncés. Les autorités n’ont pas encore précisé comment ce solde serait financé.

Le contentieux entre actionnaires intervient alors que la situation sociale et opérationnelle de la MIBA reste tendue. Le 14 août, des travailleurs ont organisé un sit-in pour réclamer le paiement de huit mois d’arriérés de salaires, couvrant la période de janvier à août 2026. Radio Okapi rapporte également que les agents évoquent plus de 200 mois d’arriérés accumulés au fil des années et demandent des éclaircissements sur les 50 millions dollars annoncés pour la relance.

En mars, le gouvernement avait déjà débloqué 3 millions dollars pour payer trois mois d’arriérés, une mesure jugée insuffisante par une partie des travailleurs.

La recapitalisation est donc appelée à répondre à une double urgence : financer la relance industrielle de la société et restaurer sa capacité financière. Mais le conflit entre les deux actionnaires retarde désormais la mise en œuvre d’un mécanisme présenté comme central pour son redressement.

Ronsard Luabeya

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