(Agence Ecofin) - Le prix de l'or a franchi des records historiques en 2026, dopant les marges minières. La question de la captation de cette rente par les États producteurs revient au cœur du débat minier africain.
La hausse du prix de l’or s’accompagne d’une augmentation des charges de royalties comptabilisées à la mine de Kibali, en République démocratique du Congo, sans modifier sensiblement leur poids dans les revenus de l’actif. Au premier semestre 2026, Barrick Mining et AngloGold Ashanti ont enregistré, au titre de leurs participations respectives de 45 % dans Kibali, un total d’environ 66,7 millions de dollars de charges présentées comme des royalties, contre quelque 55,2 millions de dollars un an plus tôt. La progression atteint ainsi environ 21 %.
Cette évolution intervient dans un contexte de forte appréciation de l’or. Au deuxième trimestre 2026, AngloGold Ashanti indique un prix moyen reçu de 4 430 dollars l’once, contre 3 283 dollars un an auparavant. Dans le même temps, les royalties comptabilisées pour sa quote-part de Kibali sont passées de 151 à 206 dollars par once produite.
La tendance est comparable chez Barrick. Au deuxième trimestre, les royalties associées à sa participation dans Kibali ressortent à 234 dollars par once vendue, contre 175 dollars un an plus tôt. Les ventes attribuables à sa participation de 45 % ont parallèlement atteint 313 millions de dollars, contre 226 millions de dollars au deuxième trimestre 2025.
Ces montants correspondent aux charges présentées comme des « royalties » dans les données opérationnelles publiées par les deux groupes. Ils ne doivent pas être assimilés directement au seul taux légal de la redevance minière applicable à l’or en RDC, fixé à 3,5 %, les rubriques comptables publiées par les opérateurs pouvant couvrir tous les prélèvements assis sur la production ou la valeur des minerais extraits.
Des marges en forte hausse
Rapportées aux ventes publiées pour Kibali, les charges de royalties représentent environ 5,3 % chez Barrick et 5,0 % chez AngloGold Ashanti au deuxième trimestre 2026. Ces proportions étaient déjà proches des mêmes niveaux un an auparavant. Autrement dit, si le montant des royalties augmente dans un environnement de prix de l’or plus élevés, leur poids relatif dans les ventes reste globalement stable.
Cette stabilité intervient alors que la rentabilité de Kibali s’est fortement améliorée. Au deuxième trimestre 2026, Barrick affiche pour sa quote-part de la mine un EBITDA attribuable de 206 millions de dollars, contre 121 millions un an plus tôt. La marge d’EBITDA ressort ainsi à environ 66 %, contre 54 % au deuxième trimestre 2025. Le résultat attribuable à Barrick pour Kibali est parallèlement passé de 89 à 172 millions de dollars, soit une progression d’environ 93 % sur un an.
Les données montrent ainsi que l’augmentation des royalties n’a pas empêché la hausse des cours de l’or de se traduire par une amélioration plus substantielle des marges générées par la mine.
Poids plus élevé dans certaines mines africaines
Les données publiées séparément par Barrick et AngloGold Ashanti permettent également d’observer des ratios plus élevés dans certaines de leurs autres mines d’Afrique subsaharienne. Au deuxième trimestre 2026, les charges de royalties rapportées aux ventes ressortent à environ 13,1 % à Loulo-Gounkoto, au Mali, détenue à 80 % par Barrick, et à 11,7 % à Iduapriem, au Ghana, exploitée par AngloGold Ashanti.
Cette différence est particulièrement visible au Ghana, qui a modifié en mars 2026 son régime de royalties sur l’or. Le pays est passé d’un taux fixe de 5 % du revenu brut à un barème progressif lié au prix du métal. Le taux débute à 5 % lorsque le prix de l’or est inférieur à 1 900 dollars l’once et peut atteindre 12 % lorsqu’il dépasse 4 500 dollars.
Contrairement au régime observé à Kibali, ce mécanisme permet donc au poids des royalties dans les revenus des producteurs d’augmenter automatiquement lorsque le prix de l’or franchit certains seuils. Cette réforme répond à une logique de captation accrue de la rente minière en période de cours élevés : lorsque le prix du métal et les marges des producteurs progressent, la part prélevée sous forme de royalties augmente également.
Mécanisme différent en RDC
En RDC, le Code minier prévoit, à son article 251 bis, un impôt spécial de 50 % sur les profits excédentaires, susceptible de s’appliquer lorsque les cours des matières ou substances minières connaissent un accroissement supérieur à 25 % par rapport à ceux retenus dans l’étude de faisabilité bancable du projet. Les comptes trimestriels de Barrick et d’AngloGold ne permettent toutefois pas d’établir si ce mécanisme est actuellement déclenché à Kibali, ni les recettes qu’il aurait éventuellement générées pour l’État.
Le pays dispose aussi d’un mécanisme permettant d’appliquer un taux de redevance nettement supérieur à certaines ressources minières, mais son fonctionnement diffère du modèle progressif adopté par le Ghana. Le Code minier révisé en 2018 fixe à 3,5 % le taux applicable aux métaux précieux, catégorie à laquelle appartient l’or, contre 10 % pour les substances minérales classées stratégiques. Contrairement au système ghanéen, ces taux ne varient pas automatiquement avec les cours internationaux.
Le cobalt, le germanium et la colombo-tantalite avaient été classés parmi les substances minérales stratégiques par un décret du 24 novembre 2018. En mai 2026, le gouvernement a adopté un projet de décret visant à élargir cette catégorie à plusieurs autres substances, notamment le lithium, le tantale, le niobium, le tungstène et l’uranium.
La comparaison avec les nouvelles règles ghanéennes met ainsi en évidence deux approches différentes. La RDC applique des taux renforcés à certaines substances considérées comme stratégiques, tandis que le Ghana a choisi, pour l’or, un mécanisme faisant directement évoluer le taux de royalties en fonction du prix du métal.
Pierre Mukoko
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