Facebook Agence Ecofin Twitter Agence Ecofin LinkedIn Agence Ecofin
Instagram Agence Ecofin Youtube Agence Ecofin Tik Tok Agence Ecofin WhatsApp Agence Ecofin

Minerais critiques : l’Inde cherche encore sa place dans le sous-sol africain

Minerais critiques : l’Inde cherche encore sa place dans le sous-sol africain
  • Date de création: 02 septembre 2026 07:37

(Agence Ecofin) - Du cuivre au lithium, en passant par le graphite et les terres rares, l’Afrique se retrouve au cœur de la course mondiale aux minerais critiques. Si les États-Unis et la Chine reviennent souvent dans cette compétition, d’autres acteurs sont aussi à l’affût pour sécuriser leurs approvisionnements.

L’Inde aurait repris les négociations avec la Zambie pour explorer des opportunités d’investissement dans le cuivre et d’autres minerais critiques. C’est ce qu’a rapporté Reuters mardi 1er septembre, citant deux sources proches du dossier, qui font état de discussions préliminaires entre les deux parties le 26 août. Encore non confirmée, cette information dépasse toutefois le seul cas zambien et offre l’occasion d’interroger la place de l’Afrique dans la stratégie d’approvisionnement en minerais critiques du géant asiatique.

L’Afrique, terrain de jeu toujours scruté

À l’instar d’autres grandes économies mondiales, l’Inde cherche à sécuriser ses approvisionnements en minerais critiques, indispensables à sa transition énergétique et à son ambition d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2070. Dans sa « National Critical Mineral Mission », New Delhi fait des ressources étrangères l’un des piliers de cette stratégie, aux côtés du développement des capacités nationales et du recyclage. Le gouvernement vise ainsi 50 actifs miniers critiques à l’étranger d’ici 2031. Un agenda dans le cadre duquel l’Afrique, qui abrite environ 30 % des réserves mondiales de ces minerais, semble occuper une place déterminante.

La Zambie apparaît justement comme l’un des points d’ancrage de cette stratégie. Après plusieurs signaux en faveur d’un rapprochement dans le secteur minier, l’Inde avait franchi un cap l’an dernier, lorsque le gouvernement zambien lui avait accordé un périmètre de 9 000 km² pour explorer le cuivre et le cobalt. Mais, selon des informations rapportées en avril par Reuters, le processus n’aurait finalement pas abouti, faute d’assurances suffisantes de la part de Lusaka sur les droits miniers associés à la zone. Les nouveaux éléments rapportés viennent ainsi relancer le débat autour des ambitions indiennes en Zambie, et donnent un nouvel éclairage sur son intérêt pour le continent.

Le Malawi compte également parmi les pistes explorées. Khanij Bidesh India (KABIL), l’entité créée par New Delhi pour sécuriser des ressources minérales à l’étranger, y évaluerait un projet dont la nature n’a pas été précisée. Le pays, qui accueille plusieurs projets de terres rares, figurait déjà parmi les États africains cités par le gouvernement indien dans le cadre de son rapprochement avec des pays riches en ressources minérales. Une liste qui témoigne de l’étendue du terrain exploré par New Delhi en Afrique, avec notamment la République démocratique du Congo, premier producteur africain de cuivre et de cobalt, devant la Zambie. Le Zimbabwe, premier producteur africain de lithium, est également évoqué, aux côtés du Mozambique, du Mali, du Maroc et de la Côte d’Ivoire.

Un positionnement encore à confirmer

Sous réserve d’éventuelles communications officielles, ces derniers développements illustrent pour l’heure une réalité déjà bien connue : l’intérêt indien pour le sous-sol africain ne date pas d’hier. Il avait encore été réaffirmé en juillet 2025, lorsque la compagnie minière publique indienne NMDC indiquait évaluer des opportunités d’acquisition d’actifs dans les « minerais critiques en Afrique ». Encore faut-il que ces intentions se traduisent par des engagements concrets sur le terrain, notamment à travers les investissements que New Delhi pourrait consacrer aux actifs africains.

Car la compétition est déjà âpre sur le continent. De la Chine, qui cherche à consolider et à étendre ses positions, aux États-Unis, à l’Union européenne et au Japon, qui accélèrent à leur tour leurs initiatives, les minerais critiques africains suscitent plus que jamais les convoitises. Reste à voir quels leviers l’Inde choisira pour concrétiser son intérêt, alors que plusieurs options existent, notamment les prises de participation dans des actifs déjà en production, le développement de nouveaux projets ou encore les accords d’approvisionnement. La Fédération des industries minières indiennes semble d’ailleurs privilégier cette dernière approche, tout en misant sur des actifs relativement matures.

« Nous pensons que les entreprises indiennes devraient être encouragées en priorité à poursuivre des projets de réhabilitation de sites existants et de production imminente, ainsi que des accords d'achat à long terme », aurait déclaré à Reuters un porte-parole de l’organisation.

Mais cette équation pourrait désormais intégrer d’autres variables, tout aussi importantes. La transformation locale des minerais, qui s’impose progressivement comme un leitmotiv dans les juridictions minières africaines, en est l’une des principales. Le think tank CSEP, basé à New Delhi, souligne d’ailleurs cette évolution et invite le pays asiatique à davantage s’aligner sur les priorités définies par les États africains pour espérer sécuriser durablement ses approvisionnements.

Aurel Sèdjro Houenou

Lire aussi :

02/07/2025 - Minéraux critiques : l’offensive africaine de l’Inde prend forme face à la concurrence

28/02/2025 - Minéraux critiques africains et grandes puissances : l’Inde entre dans la danse

Sur le même thème
L’huile de colza et l’huile de tournesol représentent ensemble environ 25 % de la consommation mondiale d’huiles végétales. Ces deux oléagineuses, habituellement éclipsées par le...
Le promoteur camerounais prévoit 214 chambres et suites, 35 appartements hôteliers et 17 000 m² de bureaux. Le financement combine notamment 140,7 millions d’euros de...
SolarTaxi veut faire de son futur site de Prampram au Ghana une base d’exportation vers le reste de l'Afrique. Mais depuis février, la Zlecaf...
Trois ans après le début de la crise, le marché du diamant naturel subit toujours des prix bas et une demande en déclin, sous...