(Agence Ecofin) - Entre dépendance aux grands corridors internationaux et faiblesse persistante des échanges intra-africains, le fret aérien illustre les difficultés du continent africain à construire des chaînes logistiques davantage intégrées.
En juillet 2026, la croissance du fret aérien africain a nettement marqué le pas, après plusieurs mois de progression soutenue. Cette évolution met en lumière la forte exposition des transporteurs du continent aux grands corridors commerciaux internationaux, alors que les flux intra-africains restent encore limités.
Selon les dernières données de l’Association du transport aérien international (IATA), la demande de fret aérien des compagnies africaines n’a progressé que de 1,1 % en juillet sur un an, tandis que leurs capacités ont augmenté de 3,9 %. Il s’agit de la plus faible croissance régionale enregistrée sur la période.
Le contraste est marqué avec les mois précédents. En mai, la demande avait bondi de 13,3 % sur un an, avant de ralentir à 4,7 % en juin. La progression de juillet apparaît ainsi comme un coup de frein après une première moitié d’année globalement favorable au fret aérien africain.
L’Afrique-Asie perd de son élan
Cette décélération est notamment liée au ralentissement des flux sur la liaison Afrique-Asie, l’un des principaux moteurs du fret aérien international pour les transporteurs africains. Après onze mois consécutifs de croissance, avec des progressions parfois à deux chiffres, les volumes de fret sur cet axe n’ont augmenté que de 0,9 % en juin. Cette performance constituait certes un douzième mois consécutif de hausse, mais traduisait aussi un net essoufflement de la dynamique observée jusque-là.
La situation illustre la sensibilité du marché africain aux évolutions des grands corridors commerciaux mondiaux. Une modification des conditions sur un axe aussi stratégique peut rapidement se répercuter sur l’activité des compagnies du continent, dont une partie importante de la demande dépend des échanges avec les marchés extérieurs.
Cette exposition intervient dans un contexte international encore incertain. L’IATA avait notamment appelé les acteurs du secteur à la prudence face aux risques liés à la reprise des hostilités au Moyen-Orient et aux incertitudes entourant les droits de douane américains. Ces facteurs peuvent affecter à la fois les flux commerciaux, les chaînes logistiques et les capacités disponibles sur certaines routes.
Un marché intra-africain encore sous-exploité
Au-delà de la conjoncture internationale, le ralentissement observé en juillet pose une question plus structurelle : dans quelle mesure l’Afrique dispose-t-elle d’un marché intérieur capable d’amortir les chocs affectant ses principaux corridors internationaux ?
Les échanges intra-africains restent en effet relativement faibles au regard du volume global du commerce du continent. Selon le rapport African Trade and Economic Outlook 2026 – Moving up the ladder: Capturing more value from Africa’s commodities d’Afreximbank, ils devraient progresser de 10 % cette année pour atteindre environ 230 milliards USD. Le montant demeure cependant modeste comparé aux quelque 1 400 milliards USD de commerce total enregistré par l’Afrique en 2025, incluant les échanges intra et extra-africains. Cette structure du commerce limite mécaniquement les possibilités pour les compagnies aériennes africaines de s’appuyer davantage sur des flux régionaux pour diversifier leur activité de fret.
La mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) pourrait à terme modifier cette configuration en favorisant les échanges entre les économies du continent. Pour le fret aérien, l’enjeu serait notamment de capter davantage de produits à forte valeur ajoutée et sensibles aux délais, pour lesquels l’avion constitue un mode de transport particulièrement adapté.
La Chine au cœur de l’équation
La situation de la liaison Afrique-Asie montre toutefois l’ampleur du défi. La Chine constitue aujourd’hui l’un des principaux partenaires commerciaux du continent et occupe une place centrale dans les flux de marchandises entre l’Afrique et l’Asie.
Selon les données de l’Administration générale des douanes chinoises, la Chine a exporté pour 225 milliards USD de marchandises vers l’Afrique en 2025, tandis que ses importations en provenance du continent se sont établies à 123 milliards USD.
Au-delà du déséquilibre commercial, ces chiffres témoignent du poids des échanges sino-africains dans les flux internationaux du continent. Pour les transporteurs africains, cette concentration constitue à la fois une opportunité de marché et un facteur d’exposition aux évolutions de la demande asiatique et aux tensions commerciales internationales.
Mais cette évolution suppose que le continent dispose de volumes suffisants de marchandises susceptibles d’être transportées par avion, notamment des produits agricoles périssables, pharmaceutiques, électroniques ou autres biens à forte valeur ajoutée. Elle dépend également de la capacité des pays africains à améliorer leurs infrastructures de fret, leurs procédures douanières et la connectivité aérienne entre les différents marchés.
Henoc Dossa
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