Facebook Agence Ecofin Twitter Agence Ecofin LinkedIn Agence Ecofin
Instagram Agence Ecofin Youtube Agence Ecofin Tik Tok Agence Ecofin WhatsApp Agence Ecofin

Poisson : le Nigeria veut transformer son déficit de 2 millions de tonnes en opportunité d’investissement

Poisson : le Nigeria veut transformer son déficit de 2 millions de tonnes en opportunité d’investissement
  • Date de création: 01 septembre 2026 15:42

(Agence Ecofin) - Alors que la demande intérieure en protéines animales ne cesse de croître sous l’effet de l’urbanisation et de l’expansion démographique, le Nigeria fait face à une dépendance structurelle vis-à-vis de l’étranger pour couvrir ses besoins en poisson, ce qui constitue également une opportunité économique.

Le Nigeria cherche à réduire sa dépendance aux importations de poisson, alors que l’offre locale couvre à peine 39 % des besoins nationaux annuels d’une consommation de plus de 3,6 millions de tonnes. Pour y parvenir, le gouvernement a mis en place un comité technique à cet effet le 27 août 2026 à Abuja. Il lui a été donné huit semaines pour proposer une feuille de route claire destinée à stimuler la production, la transformation et la distribution.

Le ministre des Affaires maritimes et de l’Économie bleue, Adegboyega Oyetola, a affirmé que « le Nigeria ne peut plus dépendre autant du poisson importé alors que nous avons les ressources et les compétences humaines nécessaires pour développer la production nationale et renforcer la sécurité alimentaire ».

Le déficit de poisson du Nigeria n’est pas seulement un enjeu de sécurité alimentaire. Il constitue aussi un marché potentiel pour le secteur privé local. Le gouvernement fédéral estime actuellement à près de 2,2 millions de tonnes l’écart entre la demande nationale et l’offre disponible chaque année.

Réduire les importations, préserver les devises

L’insuffisance de l’offre annuelle en poisson identifiée par le gouvernement nigérian représente d’abord une opportunité de substitution aux importations. Le Nigeria importe d’importants volumes de poisson congelé. En 2025, le pays a dépensé environ 1,2 milliard de dollars US pour importer du poisson, afin de combler son déficit.

Selon le Conseil norvégien des produits de la mer, le montant total des exportations norvégiennes de produits de la mer vers le Nigeria a atteint 524 millions de couronnes norvégiennes (environ 56 millions de dollars) en 2025. Le hareng entier congelé et le maquereau représentant la plus grande part de ces exportations.

En 2024, les seules importations de harengs congelés ont atteint 84 977 tonnes, pour une valeur de 119,1 millions de dollars, selon les données Comtrade compilées par la Banque mondiale. Le Nigeria importe du poisson d’une dizaine de pays comme les Pays-Bas, la Russie, l’Allemagne, les îles Féroé, la Chine, le Japon.

Une montée en puissance de la production locale pourrait donc permettre de remplacer progressivement une partie de ces achats extérieurs et de limiter les sorties de devises, un objectif déjà inscrit dans les politiques nigérianes de développement de la pêche et de l’aquaculture.

Une chaîne de valeur qui dépasse les bassins d’élevage

L’opportunité ne se limite pas à l’installation de nouvelles fermes piscicoles. La chaîne de valeur offre plusieurs points d’entrée aux entreprises locales dans les segments de la production d’aliments, fabrication ou substitution des équipements importés, production d’alevins, élevage, transformation, fumage, conservation frigorifique, transport et distribution.

Le cas du poisson-chat (catfish) illustre cette profondeur de marché. Le Nigeria est présenté par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) comme le premier producteur mondial de poisson-chat africain. Dans son rapport « Nigeria: Improving catfish farming : The investment case for data-led decision-making and best management practices in fish farming », publié en juin 2026, la FAO indique que sa production avoisine 1,2 million de tonnes l’année.

L’ampleur du déficit que la filière peut combler donne une idée du potentiel commercial. En retenant la valeur du kilogramme de poisson-chat estimée par la FAO à environ 4 dollars, la production correspondant aux 2,2 millions de tonnes manquantes représenterait théoriquement un marché brut de plusieurs milliards de dollars. Cette extrapolation ne constitue pas une estimation du chiffre d’affaires réalisable, mais elle donne un ordre de grandeur de l’opportunité.

Des expériences menées dans le pays dès 2021 par la FAO à travers l’Organisation des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (OEACP) visant à rendre les chaînes de valeur de la pêche et de l’aquaculture plus durables (FISH4ACP) ont montré que des investissements ciblés peuvent produire des résultats mesurables.

FISH4ACP indique avoir investi 550 000 dollars auprès de 500 producteurs répartis dans cinq pôles piscicoles. Ces interventions ont généré environ 850 000 dollars de valeur ajoutée annuelle supplémentaire, tandis que la production progressait de 5 % et les coûts reculaient de 10 %. Le ratio-bénéfices/coûts atteint 1,54 pour un retour sur investissement en moins de huit mois.

Prix, sécurité alimentaire et emplois

L’enjeu est d’autant plus important que le Nigeria compte désormais 237,5 millions d’habitants, selon les dernières données de la Banque mondiale. Une hausse de l’offre locale pourrait contribuer à réduire la pression exercée sur les prix du poisson par la rareté, les coûts logistiques et les fluctuations du naira.

L’aquaculture constitue déjà un réservoir d’activité important. La FAO souligne son potentiel de création d’emplois et d’opportunités commerciales, notamment pour les femmes et les jeunes. Sur le seul segment du poisson-chat, environ 300 000 producteurs sont déjà investis pour environ près d’un million d’emplois, selon les données de FISH4ACP.

Le défi pour Abuja consiste donc moins à produire directement les 2,2 millions de tonnes manquantes qu’à créer les conditions permettant au capital privé de financer cette expansion : accès au crédit, disponibilité des aliments et des alevins, infrastructures de froid, transformation et débouchés commerciaux seront déterminants.

Si ces contraintes sont levées, le déficit halieutique nigérian pourrait devenir davantage qu’un problème d’approvisionnement. Un vaste marché de substitution aux importations, et un nouveau terrain d’expansion pour l’investissement privé local.

Muriel EDJO

Édité par Wilfried ASSOGBA

Lire aussi:

Pêche et aquaculture : un potentiel sous-exploité pour réduire le déficit de protéines animales en Afrique

Sur le même thème
Le Ghana a recours aux importations pour la quasi-totalité de ses besoins en engrais. Jusqu’ici marginal, le segment des engrais organiques suscite un intérêt...
La Banque ouest-africaine de développement va débloquer 45 milliards FCFA pour la troisième phase du Programme d’appui à la mécanisation agricole et à l’irrigation...
La Côte d’Ivoire et le Ghana s’imposent respectivement comme les 1er et 2ème producteurs mondiaux de cacao. Sur un marché volatil, les prix bord...
Au Sénégal, l’élevage représente environ 4 % du PIB et fait vivre près d’un tiers des ménages. Ces dernières années, le vol de bétail s’est...