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Et si l’aide ne venait plus ?

Et si l’aide ne venait plus ?
  • Date de création: 01 septembre 2026 12:00

(Agence Ecofin) - Une nouvelle épidémie d’Ebola frappe la République démocratique du Congo. Les morts commencent à s’accumuler, les besoins à se chiffrer en centaines de millions de dollars. Kinshasa a sorti de l’argent. Africa CDC s’est mobilisé. D’autres institutions africaines également. Mais lorsqu’il faut réunir les moyens capables de tenir la riposte dans la durée, le regard se tourne encore largement au-delà du continent.

En 2026, ce scénario devrait nous gêner davantage. Face à une maladie qui traverse les frontières sans demander de visa, refuser des médecins, des vaccins ou de l’argent au nom de la souveraineté serait absurde. La vraie question est ailleurs : pourquoi cette aide reste-t-elle encore si souvent indispensable pour que l’Afrique puisse affronter une urgence qui la concerne d’abord ?

Nous avons pourtant eu le temps d’apprendre. Il y a eu Ebola en Afrique de l’Ouest. Puis le Covid-19, avec ses frontières fermées, ses cargaisons de vaccins accaparées par les pays les plus riches et cette leçon brutale que les grandes crises rappellent toujours : quand la peur gagne le monde, chacun commence par protéger les siens. Il y a eu le mpox. Et bien d’autres urgences encore.

Entre-temps, l’Afrique a créé son propre CDC, renforcé ses laboratoires, développé ses systèmes de surveillance et appris à mieux coordonner ses réponses. L’Afrique de 2026 n’est clairement plus celle de 2014. Ses réflexes financiers, eux, racontent une histoire moins glorieuse.

En 2001, à Abuja, les États africains s’étaient engagés à consacrer 15 % de leurs dépenses publiques à la santé. Un quart de siècle plus tard, la moyenne reste autour de la moitié de cette cible. Dans les dernières données comparables disponibles, la grande majorité des pays du continent restaient même sous les 10 %.

On peut créer des institutions, former des épidémiologistes, installer des centres d’opérations d’urgence et rédiger des plans de riposte. Si, au moment où les vies sont en jeu, il faut se tourner systématiquement vers un bailleur, il y a encore loin de la coupe aux lèvres entre les ambitions panafricaines et ce que nous parvenons réellement à en faire.

Tous les États africains n’ont évidemment pas les mêmes moyens. Demander à un pays pauvre, endetté et frappé par une épidémie de régler seul une facture de plusieurs centaines de millions de dollars n’aurait aucun sens.

L’Afrique n’est heureusement pas une addition de pays condamnés à affronter seuls leurs crises. Elle compte 55 États, de grandes économies, des banques de développement, des institutions régionales et des capacités médicales, financières et logistiques. Certains pays seront toujours trop fragiles pour absorber seuls un choc majeur. Ensemble, ils disposent de marges autrement plus importantes.

Pourquoi cette force collective apparaît-elle encore si peu lorsque l’un des leurs vacille ? La solidarité africaine ne peut pas seulement se mesurer en communiqués et en déclarations de soutien. Elle doit aussi se voir dans les équipes médicales envoyées, les laboratoires mobilisés, les stocks rendus disponibles et les financements débloqués rapidement.

Cette exigence devient d’autant plus urgente que le vieux modèle se fissure sous nos yeux. L’aide internationale recule. Les financements consacrés à la santé figurent parmi les plus touchés. Les États-Unis, l’Europe et les autres grands bailleurs ont leurs propres contraintes budgétaires, leurs élections, leurs crises et leurs priorités. Elles changent. C’est leur droit.

Ce qui devrait inquiéter l’Afrique, c’est qu’une décision prise à Washington ou à Bruxelles puisse encore déterminer combien de vaccins seront disponibles chez elle, quels programmes pourront continuer ou avec quelle force une épidémie pourra être combattue.

Voilà pourquoi le débat va plus loin que ce que vivent aujourd’hui les Congolais. Il ne s’agit pas de tourner le dos à la solidarité internationale. Il s’agit de lui rendre sa juste place : celle d’un renfort, pas celle d’une béquille permanente. 

Louis-Nino Kansoun

 
COMM

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