(Agence Ecofin) - Alors que le Nigeria ambitionne de hisser sa recherche au niveau mondial, son principal fonds académique réserve ses ressources aux seules institutions publiques. L’excellence mesurée dans les classements internationaux ne suffit pas encore à ouvrir les portes aux établissements privés.
Le Nigeria augmente de 64 % l’enveloppe de son principal fonds public de recherche, le Tertiary Education Trust Fund (TETFund), selon un appel à notes conceptuelles signé dimanche 30 août par son secrétaire exécutif, Sonny Echono. Le dispositif continue pourtant d’exclure les universités privées, y compris certaines des mieux classées du pays, privilégiant ainsi le statut public plutôt que la performance scientifique.
Cette orientation apparaît aussi dans les chiffres. Le gouvernement fédéral a approuvé 10 milliards de nairas, soit 7,5 millions de dollars, pour le cycle 2026 du Fonds national de recherche (NRF), géré par TETFund. Le dépôt des dossiers, lancé lundi 31 août, se poursuit jusqu’au jeudi 15 octobre, sans prorogation possible.
Une enveloppe en hausse, un accès toujours fermé
Cette somme marque une progression notable par rapport au cycle précédent, qui avait permis de financer 174 projets pour 6,09 milliards de nairas, soit près de 4,5 millions de dollars. Grâce à elle, le NRF peut désormais soutenir des travaux dans 30 domaines prioritaires, allant des sciences humaines à l’ingénierie, en passant par des secteurs transversaux comme l’économie bleue et l’énergie propre.
Cette hausse budgétaire ne s’accompagne toutefois d’aucun élargissement du nombre d’établissements éligibles. Selon les lignes directrices de TETFund, seuls les enseignants des institutions tertiaires publiques peuvent présenter des projets. Les 168 universités privées accréditées par la Commission nationale des universités (NUC) demeurent exclues du dispositif, quel que soit leur niveau académique.
Le paradoxe se renforce quand on regarde le financement même de TETFund. Le fonds tire désormais ses moyens du prélèvement de développement institué par la Nigeria Tax Act 2025, entrée en vigueur le 1er janvier 2026. Cette ponction de 4 % sur les bénéfices imposables des entreprises a remplacé l’ancienne taxe sur l’éducation tertiaire, dont le taux avait culminé à 3 % sous la Finance Act de 2023, et n’en reverse que la moitié à TETFund. Autrement dit, toutes les entreprises opérant au Nigeria contribuent à ce financement, sans distinction, alors que les chercheurs issus du secteur privé en restent écartés.
L’ambition mondiale bute sur un choix national
Ce déséquilibre s’inscrit dans un contexte plus large. Le Nigeria cherche à renforcer sa présence dans les classements internationaux, mais les résultats tardent à suivre. En 2025, aucune de ses universités ne figurait parmi les 500 premières du classement mondial QS, un signal qui contraste avec l’ambition affichée pour la recherche nationale.
Certes, le passage de 6,09 à 10 milliards de nairas offre au NRF une capacité accrue pour multiplier les projets soutenus. L’enjeu ne se limite cependant pas au volume des crédits disponibles, il porte surtout sur leur répartition. Pour un pays qui vise l’excellence mondiale, la question n’est pas seulement de savoir combien investir dans la recherche. Elle est de déterminer si l’accès aux financements doit dépendre du statut d’un établissement ou de sa capacité à produire un savoir de qualité.
Félicien Houindo Lokossou
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